L’Allemagne s’était affirmée comme l’un des pays les plus ambitieux en matière de transition écologique en Europe. Sous l’impulsion des gouvernements successifs, l’Energiewende aura été au cœur d’une stratégie nationale, avec une sortie accélérée du nucléaire, une forte réduction du charbon, le développement massif des énergies renouvelables (éolien et solaire) et des objectifs chiffrés ambitieux. Le pays se fixant une réduction de 65 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 par rapport à 1990, avait pour horizon la neutralité carbone en 2045. Berlin se présentait alors comme le modèle « plus vert que jamais », privilégiant une politique volontariste face au “réchauffement” dit climatique.
Des choix qui ont cependant entraîné des défis un tantinet concrets. Les prix de l’électricité ayant fortement augmenté, l’industrie (automobile, chimie) a fait face à des coûts énergétiques déraisonnables, et la dépendance aux importations de gaz a été plus que mise en évidence lors de la crise ukrainienne. D’où une croissance économique allemande quelque peu affectée.
Mais en 2026, s’opère un tournant notable. Le chancelier Merz présente un « plan choc ». 8 milliards d’euros investis dans le “climatique”, et 67 mesures destinées à relancer la trajectoire. Un objectif affiché, respecter les engagements légaux, tout en tenant compte des contraintes économiques et industrielles.
Mais ce 18 mai, le Conseil d’experts indépendant sur les questions climatiques (Expertenrat für Klimafragen) publie un rapport sans ambiguïté. Selon les experts, l’Allemagne manquera plus que vraisemblablement ses objectifs 2030. Les projections du gouvernement sont jugées « surestimées », notamment dans les secteurs de l’énergie et du bâtiment. Barbara Schlomann, présidente du Conseil, indique qu’« aucun des objectifs légaux jusqu’en 2040 ne serait atteint » sans actions supplémentaires. Le plan Merz aurait un effet “quasi dérisoire”.
Face à ce constat, le gouvernement insiste sur un équilibre entre protection du climat et préservation de la compétitivité économique. Merz déclare que la transition écologique ne doit pas conduire à une désindustrialisation du pays. Le discours officiel met désormais plus l’accent sur le pragmatisme : sécurisation de l’approvisionnement énergétique, soutien à l’industrie et ajustement réaliste des mesures “sans toutefois renoncer aux engagements climatiques de long terme”.
Un rééquilibrage qui reflète une évolution sensible par rapport à la décennie précédente. Après une période marquée par des ambitions fortes, voire idéologiques, l’Allemagne semble privilégier une approche plus mesurée, plus pragmatique, fondée sur les données des experts et les réalités économiques. Les observateurs y voient le signe d’un retour à une politique qui intègre à la fois impératifs environnementaux et contraintes industrielles et sociales.
Cette inflexion allemande intervient alors que plusieurs pays européens réexaminent également leurs stratégies énergétiques. Elle illustre les difficultés rencontrées par les États les plus engagés dans des transitions vertes illusoires, pour enfin concilier objectifs climatiques et performance économique. Un changement de cap s’opère.










