Kenneth Law, un Canadien de 60 ans ancien cuisinier installé à Mississauga, doit comparaître ce vendredi devant la Cour supérieure de justice de l’Ontario. Selon un accord conclu avec le ministère public, il devrait plaider coupable à 14 chefs d’accusation d’aide ou d’incitation au suicide. En échange, les 14 chefs de meurtre au premier degré retenus contre lui seront abandonnés.
L’affaire, qui dure depuis près de trois ans, a pris une dimension internationale. Les enquêteurs estiment que Kenneth Law a expédié plus de 1 200 colis contenant notamment du nitrite de sodium, une substance légale utilisée comme conservateur alimentaire ou engrais, mais mortelle à forte dose. Ces envois auraient touché plus de 40 pays entre fin 2020 et son arrestation en mai 2023. Les autorités britanniques ont identifié 232 acheteurs au Royaume-Uni, dont au moins 88 sont décédés après avoir reçu ces produits ; au total, plus de 130 suicides dans le monde pourraient être liés à ces ventes, selon un décompte de Radio Canada International.
Initialement poursuivi pour deux chefs d’aide au suicide, Kenneth Law avait ensuite fait face à 14 accusations de meurtre au premier degré pour des décès survenus en Ontario, portant sur des victimes âgées de 16 à 36 ans. La décision de requalifier les faits en aide au suicide intervient après une décision de la Cour suprême du Canada dans une affaire distincte ayant des répercussions sur la qualification juridique des actes de facilitation du suicide. L’avocat de la défense, Matthew Gourlay, a confirmé que son client plaidera coupable lors de l’audience de résolution prévue aujourd’hui. La peine sera fixée ultérieurement.
L’affaire met en lumière les failles du commerce en ligne. Les sites opérés par Kenneth Law présentaient le nitrite de sodium comme un produit culinaire ou agricole, sans contrôle effectif sur l’usage final. Plusieurs pays, dont le Royaume-Uni, ont ouvert des enquêtes, mais Kenneth Law ne sera pas extradé vers le Royaume-Uni, où il est lié à plus d’une centaine de décès potentiels.
Des familles de victimes, au Canada comme à l’étranger, ont exprimé leur déception face à l’abandon des chefs de meurtre, estimant que la qualification retenue ne reflète pas pleinement la gravité des faits. L’affaire soulève également des questions persistantes sur la responsabilité des plateformes numériques et la régulation des substances potentiellement létales vendues sur internet.
Kenneth Law demeure en détention en attendant l’audience. Cette comparution marque une étape importante à l’heure où l’euthanasie légale potentielle est de plus en plus une question sociétale qui divise.










