La réserve de Sainte-Soline contenait plus de 55 000 m³ d’eau de pluie à la mi-mars. Quelques mois et plusieurs épisodes caniculaires plus tard, elle est quasiment à sec. L’épisode relance le débat sur l’évaporation des réserves à ciel ouvert, alors que l’ouvrage reste interdit de remplissage par pompage.
Ouest-France s’est penché sur le sort de l’eau accumulée dans la mégabassine de Sainte-Soline, dans les Deux-Sèvres. La retenue n’a pas été alimentée par pompage cet hiver, mais les précipitations avaient tout de même fait monter son niveau. À la mi-mars, elle contenait plus de 55 000 m³ d’eau. Cette réserve naturelle a ensuite fondu avec l’arrivée des fortes chaleurs, jusqu’à pratiquement disparaître au cœur de l’été.
La situation tient d’abord au statut particulier de l’ouvrage. Depuis une décision de la cour administrative d’appel de Bordeaux de décembre 2024, son remplissage et son utilisation sont suspendus en raison de l’absence d’une dérogation permettant de porter atteinte à l’habitat de l’outarde canepetière, une espèce protégée. La réserve, conçue pour recevoir de l’eau pompée dans les nappes durant l’hiver afin de la restituer aux irrigants l’été, n’a donc recueilli cette année que les précipitations tombées directement dans son enceinte.
Cette eau a ensuite été exposée à une succession de périodes chaudes. Reporterre a relevé, à partir des données du Système d’information sur l’eau du Marais poitevin, que la réserve atteignait 55 210 m³ le 17 mars. Entre le 15 juin et le 20 juillet, environ 40 000 m³ auraient disparu, avec une évaporation atteignant en moyenne près de 1 300 m³ par jour durant la période la plus critique. La surface découverte de la retenue favorise mécaniquement ces pertes lorsque températures, ensoleillement et vent augmentent.
L’épisode ne permet toutefois pas, à lui seul, de mesurer le rendement normal de Sainte-Soline. L’ouvrage possède une capacité utile d’environ 628 000 m³ et les quelque 55 000 m³ présents en mars ne représentaient qu’une petite fraction de ce volume. La réserve n’ayant pas été remplie par pompage, les conditions de 2026 diffèrent fortement de celles prévues pour son fonctionnement. En mars, Le Monde rapportait d’ailleurs que la Coop de l’eau 79 regrettait de ne pouvoir remplir l’ouvrage malgré un hiver particulièrement humide et des nappes à des niveaux élevés.
Le cas de Sainte-Soline fournit néanmoins une illustration concrète d’une faiblesse physique des retenues à ciel ouvert. L’eau qui y est stockée reste directement exposée aux épisodes de chaleur, appelés à devenir plus fréquents avec le réchauffement climatique. À Sainte-Soline, l’eau tombée du ciel cet hiver n’aura finalement irrigué aucun champ cet été.










