Les champs de lavande, symbole s’il en est de la Provence, s’effacent peu à peu. Dans plusieurs régions du sud-est de la France, la lavande recule sous l’effet du changement climatique, des maladies et des difficultés économiques. Et dans les terres abandonnées par cette culture emblématique, l’élevage de poules pondeuses s’installe.
Dans certains territoires des Alpes-de-Haute-Provence ou du Vaucluse, des projets de bâtiments industriels accueillant plusieurs dizaines de milliers de poules apparaissent là où poussaient auparavant lavandin et plantes aromatiques. Les températures augmentent et les sécheresses répétées fragilisent les plantations. Surtout, la filière subit les ravages de la cicadelle, un insecte qui transmet une bactérie responsable du dépérissement des plants. Certaines exploitations ont perdu une grande partie de leur production en quelques saisons seulement.
À cela s’ajoutent les difficultés économiques. Les coûts explosent, notamment à cause de la concurrence internationale venue d’Europe de l’Est ou d’Asie, qui fragilise les producteurs français. Comme le rapporte Reporterre, beaucoup d’agriculteurs peinent désormais à vivre uniquement de la lavande. Certains choisissent de vendre leurs terres ou de diversifier leur activité. L’élevage de volailles apparaît alors comme une solution rentable pour des exploitations en difficulté. Les bâtiments peuvent être financés par de grands groupes agroalimentaires et offrent des revenus plus prévisibles que les cultures aromatiques soumises aux aléas climatiques.
Mais cette transformation des paysages provoque des tensions. Plusieurs collectifs dénoncent une artificialisation progressive des campagnes provençales. Les poulaillers industriels modifient les sols, augmentent le trafic routier et génèrent des nuisances olfactives importantes. Certains habitants redoutent aussi une pression accrue sur les ressources en eau dans des territoires déjà fragilisés par la sécheresse.
Le sujet touche également à l’identité culturelle de la région. La lavande ne représente pas seulement une production agricole. Elle structure l’économie touristique de nombreux villages. Chaque été, des milliers de visiteurs viennent photographier les champs en fleurs, visiter les distilleries ou découvrir les routes de la lavande. Le recul de cette culture emblématique pourrait donc avoir des conséquences bien au-delà du secteur agricole. Certains élus craignent un affaiblissement du tourisme rural et une banalisation des paysages provençaux.
En parallèle, les défenseurs de l’élevage rappellent que la demande en viande et en œufs reste forte. La France importe encore une partie importante de sa consommation de volailles. Pour les promoteurs des projets, développer des élevages permettrait de renforcer la souveraineté alimentaire tout en maintenant une activité économique dans des territoires ruraux parfois fragiles.










