On associe souvent la perte de mémoire au grand âge ou aux maladies neurodégénératives. Pourtant, un autre facteur agit beaucoup plus tôt : l’isolement social. Une vaste étude européenne relayée par Science & Vie montre que les seniors les plus isolés présentent des performances de mémoire plus faibles, parfois bien avant les premiers signes visibles de déclin cognitif.
Les chercheurs ont suivi plus de 10 000 Européens âgés de 65 à 94 ans dans douze pays pendant six ans. Les données proviennent du programme SHARE, vaste enquête européenne consacrée au vieillissement et à la santé. Les participants ont passé plusieurs tests de mémoire, notamment des exercices de rappel de mots, tout en répondant à des questions sur leur niveau d’isolement social.
Les personnes isolées obtenaient des scores de mémoire plus faibles dès le début du suivi. En revanche, leur déclin cognitif ne progressait pas plus vite que celui des autres participants. Autrement dit, la solitude ne semble pas accélérer brutalement la dégradation de la mémoire. Elle agit plus tôt et plus lentement.
Le chercheur Luis Carlos Venegas-Sanabria, qui a dirigé l’étude, estime que les effets de l’isolement pourraient commencer bien avant 65 ans. Les habitudes sociales construites au cours de la vie influenceraient progressivement le fonctionnement du cerveau sur plusieurs décennies. Cette hypothèse rejoint de nombreux travaux sur le lien entre interactions sociales et santé cognitive. L’Organisation mondiale de la santé considère aussi que l’isolement social augmente le risque de dépression, d’anxiété et de déclin cognitif chez les personnes âgées.
En France, les Petits Frères des Pauvres alertent régulièrement sur l’augmentation de l’isolement chez les seniors. Leur dernier baromètre souligne que de nombreuses personnes âgées disposent de très peu d’interactions sociales régulières, malgré la présence des réseaux numériques.
Les scientifiques plaident désormais pour intégrer le dépistage de l’isolement social dans les bilans de santé des personnes âgées, au même titre que la tension artérielle ou le diabète. La bonne nouvelle, selon plusieurs études antérieures, est que le cerveau conserve une certaine capacité de récupération. Les activités sociales, associatives ou culturelles peuvent améliorer les fonctions cognitives et réduire les effets de la solitude.










