
Patrick Bruel est de nouveau visé par de graves accusations. Jeudi 7 mai, Mediapart a publié les témoignages de quinze nouvelles femmes qui dénoncent des faits présumés d’agressions sexuelles, de viols ou de relations imposées. Les faits décrits couvriraient une longue période, du début des années 1990 à la fin des années 2010.
Pour les femmes qui parlent, les souvenirs ne se résument pas à des malentendus ou à des moments confus. Plusieurs décrivent une même impression : celle d’avoir été placées dans une situation où elles n’avaient plus vraiment la possibilité de dire non.
Quinze nouveaux témoignages contre Patrick Bruel
Selon Mediapart, ces nouveaux récits portent à près d’une trentaine le nombre de femmes accusant Patrick Bruel de violences sexuelles ou de comportements imposés. Certaines disent avoir gardé le silence pendant des années. D’autres expliquent avoir mis du temps à comprendre ce qu’elles avaient vécu.
Parmi les quinze femmes qui témoignent, sept, dont une mineure au moment des faits, dénoncent des relations sexuelles auxquelles elles disent ne pas avoir consenti. Cinq d’entre elles ont transmis leur récit à la justice dans la procédure actuelle. Deux autres l’avaient fait dans une procédure plus ancienne, classée en 2020.
Derrière les chiffres, il y a des vies abîmées. Des femmes qui racontent avoir vécu avec la peur, la honte, le doute ou la sensation de ne pas être crues. Certaines décrivent aussi l’effet de la célébrité : face à un artiste très connu, elles disent s’être senties seules, petites, parfois incapables de s’opposer.
« J’étais devenue son obsession »
L’une des femmes citées par Mediapart affirme avoir rencontré Patrick Bruel en 1990, alors qu’elle avait 16 ans. Elle accuse le chanteur de l’avoir violée l’année suivante à son domicile. D’après son témoignage, lorsqu’ils se sont recroisés neuf ans plus tard, il lui aurait dit : « Tu te souviens ? Bien sûr qu’on a couché ensemble ».
Une autre femme, qui dit avoir fréquenté Patrick Bruel entre 2000 et 2005, parle d’une relation marquée par l’emprise. Elle avait 20 ans au début de leurs échanges. Elle confie : « Cette histoire m’a fracassée et aujourd’hui j’ai trouvé la clé. Je sais que le figement n’est pas un consentement, que l’emprise altère la capacité à dire non ».
Elle raconte des invitations, des concerts, des restaurants, une pièce de théâtre. Mais, selon elle, tout finissait par le même passage obligé : « son lit ». Elle dit aussi garder des « flashs » de rapports sans protection. Dans son récit, Patrick Bruel lui aurait lancé : « Ne le dis à personne, de toute façon personne ne te croira ».
Trois plaintes mentionnées en France et en Belgique
À ce stade, plusieurs procédures sont évoquées. Une plainte est instruite à Saint-Malo, en Ille-et-Vilaine, pour viol, après des faits présumés survenus en octobre 2012 en marge d’un festival de cinéma. Une autre plainte, déposée à Paris en mars, vise des faits présumés de tentative de viol et d’agression sexuelle. Une troisième plainte pour agression sexuelle a été enregistrée fin mars en Belgique, pour des faits qui remonteraient à 2010.
D’après Le Monde, des enquêtes ont bien été ouvertes à Paris, Saint-Malo et en Belgique après plusieurs accusations visant Patrick Bruel. Le chanteur, par l’intermédiaire de ses avocats, nie toute violence, toute brutalité et toute contrainte.
Ses conseils affirment également qu’il n’aurait « jamais ignoré la réticence d’une femme, encore moins son refus ». Ils rappellent aussi que de précédentes enquêtes, ouvertes en 2019, avaient été classées sans suite en 2020 faute d’éléments suffisants.
Une tournée contestée par des artistes et des associations féministes
En parallèle, une cinquantaine d’artistes, de collectifs et d’associations féministes demandent l’annulation de la tournée de Patrick Bruel. Dans leur pétition, les signataires posent cette question : « Comment la justice pourrait-elle statuer sereinement tandis que le chanteur se produit sur toutes les scènes francophones ? »
La situation est d’autant plus sensible que Patrick Bruel reste une figure populaire de la chanson française. Ces dernières années, il s’est aussi exprimé publiquement sur Israël, l’antisémitisme et la guerre au Proche-Orient. Après les attaques du 7 octobre, il avait pris la parole dans plusieurs médias, disant notamment se sentir menacé « en tant que juif et citoyen ».
Mais pour les femmes qui témoignent aujourd’hui, le sujet principal reste ailleurs : ce qu’elles disent avoir subi, les années de silence, et le poids qu’elles portent encore. Leur parole arrive avec retard, parfois après des décennies, mais elle arrive avec une force difficile à ignorer.










