
Sur la liste noire, entre terroristes et trafiquants de drogue
Depuis août 2025, Nicolas Guillou côtoie, sur le registre des indésirables du Trésor américain, des narcotrafiquants et des djihadistes. Son crime ? Avoir présidé la chambre préliminaire de la CPI qui a émis des mandats d’arrêt contre Benjamin Netanyahou et Yoav Gallant pour « crimes de guerre et crimes contre l’humanité » à Gaza. Une audace que Washington ne pardonne pas.
« Ma carte bleue a été coupée. Plus rien ne marche : Amazon, Airbnb, Booking… »
Le juge français Nicolas Guillou est visé par Trump après le mandat de la CPI contre Netanyahou.
Rencontre à La Haye.https://t.co/aryFBVu89c pic.twitter.com/yrSgRltZpl— Paul Larrouturou (@PaulLarrouturou) March 22, 2026
L’enfer du quotidien : un juge réduit à l’âge de pierre numérique
Les décrets de Trump ne se contentent pas d’interdire l’entrée sur le sol américain. Ils verrouillent l’accès aux systèmes financiers dominés par les géants US. Visa et Mastercard, maîtres des paiements internationaux, appliquent la sentence sans sourciller. Résultat : « Je suis un paria bancaire sur trois continents », résume Nicolas Guillou, ancien juge au Tribunal pour le Kosovo et ex-magistrat de liaison avec le département de la Justice américain. Ironie de l’histoire, c’est ce même département qui l’a aujourd’hui rayé des radars financiers.
Réservations annulées, achats impossibles, voyages transformés en parcours du combattant. « On dirait les années 1990, mais en pire », soupire-t-il. À 50 ans, le Breton paie cher son attachement à une justice qui dérange.
Une attaque en règle contre l’indépendance de la CPI
Nicolas Guillou n’est pas un cas isolé. Six juges et trois procureurs de la CPI, dont Karim Khan, subissent le même traitement. Officiellement, Washington dénonce des « actions illégitimes » contre Israël et les États-Unis, deux États qui refusent la compétence de la Cour. « C’est une déclaration de guerre contre la justice internationale », tonne le magistrat français.
Face à cette offensive, Nicolas Guillou contre-attaque. Il alerte Bruxelles, réclame l’activation du règlement de blocage européen pour contrer l’extraterritorialité du droit américain. Même Emmanuel Macron a tenté d’intercéder auprès de Trump. En vain.
Symbole d’une Europe à genoux devant le dollar
Paul Larrouturou, qui a rencontré Nicolas Guillou à La Haye, souligne l’absurdité de la situation : « Un juge français, au service d’une institution internationale, étouffé par la puissance économique d’un allié. » L’affaire révèle une dépendance européenne criante aux infrastructures américaines – paiements, cloud, plateformes. « Jusqu’où Washington ira-t-il pour protéger Israël au mépris du droit international ? », interroge le journaliste.
Un homme debout dans un système à genoux
Nicolas Guillou, lui, refuse de plier. « Je continue mon travail. La justice n’est pas à vendre », affirme-t-il dans le documentaire de Larrouturou. Son calvaire est un signal d’alarme : « L’Europe doit reprendre le contrôle de ses outils financiers. Sinon, elle ne sera plus qu’un protectorat numérique. »










