Pékin annonce l’abandon par certaines agences gouvernementales chinoises de Windows 10 au profit de distributions Linux développées en Chine, accélérant ainsi une politique de réduction de la dépendance aux technologies étrangères, entamée depuis plus d’une décennie. Cette décision intervient dans un contexte de tensions croissantes avec les États-Unis, alors que la Chine renforce sa souveraineté numérique et que Microsoft réduit parallèlement sa présence sur le marché chinois sans annoncer pour autant son retrait complet.
Cet abandon progressif de Windows au profit de systèmes fondés sur Linux intervient dans le cadre d’une politique chinoise plus ancienne que l’actuelle prise de conscience en Europe, visant à réduire la dépendance du pays à l’égard des technologies étrangères. Pékin considère les systèmes d’exploitation, les logiciels bureautiques et les infrastructures informatiques utilisées par l’administration comme des éléments liés à la sécurité et souveraineté nationales.
La Chine s’inquiète pour ses données
En 2014, la Chine interdisait déjà Windows 8 sur les ordinateurs des administrations centrales. En 2019, une directive demandait aux administrations et aux institutions publiques de remplacer leurs équipements et logiciels étrangers.
La semaine dernière, Pékin a franchi un pas de plus, ordonnant à certaines de ses agences gouvernementales d’abandonner Windows au profit de distributions locales de Linux. Les dirigeants chinois ont déclaré avoir des inquiétudes concernant la sécurité de leurs données sous ce système d’exploitation.
Pourtant, la Chine utilise une version adaptée de Windows, la “China Government Edition” , développée par C&M Information Technologies (CMIT), une co-entreprise créée en 2016 entre Microsoft et le groupe public China Electronics Technology Group. Cette édition bénéficiait d’une politique particulière de mises à jour, de suppression de certains services grand public et surtout, de prise en charge des normes cryptographiques chinoises.
Sollicité par Bloomberg, Microsoft, sous-entendant que les motivations des autorités chinoises concernaient la sécurité du système d’exploitation, a déclaré ne pas avoir “connaissance d’un incident de sécurité affectant ce produit, qui continue de bénéficier de mises à jour de sécurité régulières”.
Le gouvernement chinois n’a pas non plus précisé quelles versions de Linux remplaceront Windows 10. Mais il semblerait que de nombreux fournisseurs chinois de Linux soient en lice, parmi lesquels Kylin OS de la société éponyme (Kylin Software), UnionTech OS de la Tongxin Software Technology, ou encore HarmonyOS 2 de Huawei, ce dernier devant encore achever l’adaptation de son système, une variante d’Android, vers une plateforme PC.
Cette décision rappelle celle de plusieurs administrations européennes qui ont accéléré leurs efforts pour s’émanciper des solutions américaines depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. Des Länder allemands, le ministère danois des Affaires numériques et les services numériques interministériels français ont engagé ou annoncé des migrations de Windows et de logiciels Microsoft vers Linux et des solutions open source, au nom de la souveraineté numérique.
L’Union européenne, dont l’écosystème numérique reste fortement dépendant de fournisseurs de logiciels et de services cloud établis hors de l’Union, principalement américains, développe de son côté des projets de souveraineté à long terme dans le cloud, les logiciels open source et l’intelligence artificielle.
Microsoft a fortement réduit sa présence
Mais Pékin renforce cette politique au fil des années, avec la dégradation des relations entre la Chine et les États-Unis. D’ailleurs, cette annonce d’un prochain abandon de Windows 10 au profit de Linux intervient dans un contexte marqué par des risques géopolitiques accrus, qui ont poussé les géants de la tech américains comme Microsoft à réduire fortement leurs activités sur le sol chinois.
Au cours des dernières années, la firme de Redmond a fermé au moins quinze bureaux et coentreprises. Microsoft aurait envisagé un départ total en 2023 et certains de ses dirigeants estimaient que les risques géopolitiques devenaient trop importants au regard des revenus générés. La société est finalement restée. En 2024, le marché chinois représentait 1,5% de son chiffre d’affaires mondial.
En 2025, Microsoft a mis fin aux activités chinoises de Wicresoft, sa coentreprise créée en 2002, a fermé son laboratoire IoT et intelligence artificielle de Shanghai et réduit ses équipes liées à Azure. Comme la Maison Blanche avait aussi renforcé ses contrôles à l’exportation sur les semi-conducteurs, les systèmes d’intelligence artificielle et d’autres technologies avancées, les activités de Microsoft dans le cloud et l’intelligence artificielle étaient de facto limitées en Chine.










