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La dérive de l’euthanasie au Canada : Un glissement vers l’inacceptable

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Des malades chroniques qui demandent la mort faute de soins, des vieillards poussés vers la sortie par des aidants épuisés : le Canada expérimente la mort sociale en grandeur nature.

L’extension du domaine de la lutte (contre la vie)

La loi C-14 de 2016 posait un garde-fou : la mort devait être « raisonnablement prévisible ». Un concept clair, presque rassurant. C’était compter sans la plasticité du droit et l’activisme de certaines organisations. En 2021, avec la loi C-7, ce dernier rempart est abattu. La mort « raisonnablement prévisible » ? Une clause superfétatoire. Désormais, le handicap chronique, la simple « condition débilitante » ouvrent les portes de la sortie. La logique est implacable : si la vie n’est plus « raisonnablement » agréable, la mort devient une option thérapeutique comme une autre. Le résultat est un bond sidérant des statistiques : de 1 018 euthanasies en 2016 à 15 343 en 2023. Près de 5% des décès canadiens relèvent désormais d’une décision médicale. Mais le législateur ne s’arrête pas en si bon chemin. D’ici 2027, ce sera au tour des souffrances psychiques, de la « dépression sévère » ou des « troubles anxieux » de justifier l’injection létale. Des comités parlementaires, dans une frénésie mortifère, songent déjà aux « mineurs matures », ces enfants de douze ans que l’on jugera assez compétents pour demander la mort, voire à de nouveaux-nés. La « pente glissante » si souvent raillée par les défenseurs de l’euthanasie n’est plus une métaphore : c’est le réel qui dévale.



Chiffres et petits arrangements avec la dignité

La croissance annuelle de 16% des « suicides assistés » n’émeut plus grand monde. On parle, en sourdine, d’économies potentielles pour un système de santé exsangue : 1,273 milliard de dollars canadiens d’ici 2047 si l’on « vise » plus large. Une aubaine. En Ontario, la mécanique s’est emballée au point de devenir grotesque si elle n’était pas tragique : en 2023, 219 personnes ont été euthanasiées moins de vingt-quatre heures après leur demande. Trente pour cent l’ont été le jour même. La « période de réflexion » de dix jours, balayée. L’exigence de maladie terminale, oubliée. Il ne s’agit plus d’accompagner, mais de « traiter » le dossier avec une efficacité administrative qui ferait pâlir un huissier. La médecine, ici, n’est plus un art ; c’est une prestation de service funéraire.

Petites histoires d’une grande dérive

Derrière les chiffres, il y a des noms, des visages. L’histoire de Mme B., cette octogénaire aux convictions religieuses pourtant solides, a fait le tour du web. Ayant exprimé ses doutes, signalé des pressions conjugales, elle a pourtant été « prise en charge » le lendemain, après une simple évaluation par écran interposé. Un évaluateur avait alerté, un second a validé. La compassion, décidément, a l’écran froid et le geste vif. On ne s’étonnera pas, dès lors, que des voix s’élèvent pour comparer ce délai de rétractation à celui, plus long, d’un abonnement à Netflix. L’humour noir, ici, n’est que le masque de l’effroi.

Que dire de ces demandes d’euthanasie motivées non par une douleur physique irréductible, mais par la perspective d’un logement insalubre, d’une fin de mois impossible, ou de l’absence de soins à domicile ? L’AMM devient alors la porte de sortie de secours d’un État qui a renoncé à ses devoirs les plus élémentaires. Un homme étouffe son conjoint handicapé, épuisé par l’absence de soutien ; le juge, dans un attendu stupéfiant, parle de « meurtre par compassion ». La normalisation de l’euthanasie contamine jusqu’à la justice, qui absout ce que la loi prépare.



La grande indifférence

Bien sûr, on nous parle d’autonomie, de libre choix, de dignité. De beaux mots, des concepts nobles, que l’on plaque sur une réalité sordide. Car quel « libre choix » a un pauvre, un isolé, un malade chronique à qui l’on n’offre que la piqûre comme perspective ? Sous couvert de progrès, c’est une redéfinition de ce qu’est une vie « digne d’être vécue » qui s’opère. Les handicapés, les vieux, les « fous » deviennent, statistiquement, des candidats à la sortie. L’eugénisme n’a plus besoin de bottes ni de fourgons ; il a des blouses blanches et des formulaires de consentement.

La « dérive » canadienne n’est plus une hypothèse de philosophe. C’est un fait social, documenté, chiffré. D’une loi d’exception, nous sommes passés à une administration de la mort de masse, présentée comme une conquête sociale. Pour enrayer cette fuite en avant, il faudrait un sursaut. Réinvestir massivement dans les soins palliatifs, dans l’aide sociale, dans l’écoute. Renoncer à cette triste équation où la mort, parce qu’elle coûte moins cher, finit par sembler plus « humaine ». Mais à force de choisir la solution de facilité, au Canada le « droit de mourir » est en passe de devenir, pour les plus fragiles, un devoir.





Source

RESIST CAEN
Author: RESIST CAEN

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