Vendredi, Washington a imposé de nouvelles sanctions à une société énergétique chinoise, accusée d’avoir importé du pétrole iranien. Le lendemain, Pékin a écarté du revers de la main aussi bien cette mesure que toutes celles prononcées auparavant contre ses sociétés, comme des raffineries. La Chine refuse les “sanctions unilatérales dépourvues de fondement”. De quoi aggraver un peu plus les tensions à quelques jours d’une rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping.
Ces derniers mois, Washington a durci sa pression sur le pétrole iranien moins par un embargo total que par une stratégie de sanctions secondaires, dans le but de tarir les revenus qui financent l’État iranien, ses réseaux régionaux et, selon le discours américain, son effort de guerre.
Le mois dernier, le Trésor américain a aussi annoncé qu’il ne prolongerait pas une levée temporaire de certaines sanctions sur le pétrole iranien bloqué en mer, levée décidée un mois plus tôt dans le contexte de la guerre au Moyen-Orient et des tensions sur le marché des hydrocarbures. Si une partie des mesures est directement liée au conflit régional déclenché par les interventions des États-Unis et d’Israël, d’autres sanctions existaient déjà avant la guerre et s’inscrivent dans une politique plus ancienne de pression économique sur Téhéran.
6 compagnies chinoises visées en quelques semaines
Et les entités visées ne sont pas seulement des compagnies pétrolières iraniennes. Washington cible aussi des maisons de change, des armateurs, des terminaux, des raffineries, et des sociétés qui facilitent les paiements, le transport ou la revente du brut iranien. Vendredi premier mai, les États-Unis ont par exemple annoncé des sanctions contre trois maisons de change iraniennes, en expliquant qu’elles servaient à convertir en devises utilisables les revenus pétroliers iraniens.
Les entreprises sanctionnées ne sont pas seulement iraniennes. Les sanctions américaines visaient déjà des entreprises enregistrées dans plusieurs pays, notamment ceux de la région, accusées de faciliter le commerce pétrolier iranien. Ces dernières semaines, Washington a particulièrement ciblé des sociétés et raffineries chinoises, accusées d’acheter du pétrole iranien.
Trois compagnies de la province du Shandong, à savoir Shandong Jincheng Petrochemical Group, Shandong Shouguang Luqing Petrochemical et Shandong Shengxing Chemical, ainsi qu’à deux autres entreprises siégeant ailleurs dans le pays, Hengli Petrochemical (Dalian) Refinery et Hebei Xinhai Chemical Group, ont fait l’objet d’une injonction américaine.
Vendredi, une autre société, Qingdao Haiye Oil Terminal Co., Ltd, a été citée par l’administration Trump sans la citer officiellement dans son injonction. Ces sociétés sont accusés d’importer des “dizaines de millions de barils” de pétrole brut iranien.
Mais pour Pékin, cette injonction comme toutes les précédentes sanctions sont un non-événement. Ces mesures, affirme l’Empire du milieu, “ne doivent être ni reconnues, ni mises en œuvre, ni respectées”. Le gouvernement chinois n’entend aucunement se conformer aux sanctions.
“Sans fondement en droit international”
Dans un communiqué, le ministère chinois du Commerce a souligné que ces mesures “interdisent ou restreignent indûment les activités économiques, commerciales et connexes normales des entreprises chinoises avec les pays tiers”, ceci, en “violation du droit international et les normes fondamentales régissant les relations internationales”. “Le gouvernement chinois s’est toujours opposé aux sanctions unilatérales dépourvues d’autorisation de l’ONU et de fondement en droit international”, ajoute-t-on.
Cette question des sanctions américaines contre l’Iran vient alourdir une atmosphère déjà lourde entre les États-Unis et la Chine, à quelques jours de la rencontre programmée entre le président américain Donald Trump et son homologue Xi Jinping. Ce déplacement, initialement programmé fin mars 2026, avait été reporté en raison des tensions internationales liées au conflit au Moyen-Orient. Désormais, la question des sanctions risque de s’inviter aux côtés des dossiers sensibles tels que les tarifs douaniers, la question de Taïwan, les semi-conducteurs et l’agriculture.
C’est précisément dans cette dynamique de confrontation que s’inscrit dans l’impasse actuelle de la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran, laquelle stagne malgré un cessez-le-feu indéfini décrété par Washington en avril dernier. Aucun des camps ne semble prêt à céder sur ses leviers principaux, qu’il s’agisse du blocus maritime américain ou de la menace iranienne sur le détroit d’Ormuz, chaque partie estimant pouvoir supporter le coût du conflit plus durablement que l’autre.
Pékin a d’ailleurs été régulièrement accusé par Washington et certains observateurs de soutenir Téhéran, notamment par son rôle de premier acheteur de pétrole iranien et par des allégations d’assistance technologique, comme l’utilisation de satellites commerciaux chinois pour collecter des données sur des installations militaires américaines au Moyen-Orient. Parallèlement, Pékin a aussi appelé publiquement et à plusieurs reprises, notamment lors des pics de tension en février et mars 2026, à un arrêt immédiat des hostilités et à l’ouverture de négociations.










