Volodymyr Zelensky reçoit en personne ce mardi Alex Karp, PDG de Palantir Technologies, le géant américain du big data et de l’intelligence artificielle. Accompagné du ministre de la Défense et de la Transformation numérique Mykhailo Fedorov. Le président ukrainien y discute renforcement de coopération en IA militaire, analyse des attaques aériennes, renseignement en temps réel et surtout la plateforme Brave1 Dataroom, qui livre aux entreprises ukrainiennes des données brutes du champ de bataille pour entraîner des modèles d’IA. Officiellement, une « avancée technologique » pour protéger le ciel ukrainien. Mais derrière les communiqués, se cache une réalité bien plus sombre.
Palantir n’est pas une start-up lambda. Co-fondée en 2003 par Peter Thiel (milliardaire libertarien, proche de Trump, et qui a déclaré un jour que « liberté et démocratie sont incompatibles »). L’entreprise doit son essor aux fonds de la CIA via In-Q-Tel. Ses outils, nés dans la guerre contre le terrorisme post-11 Septembre, ont servi à la NSA pour la surveillance globale (révélations Snowden), à ICE pour traquer les migrants, à la police prédictive accusée de discriminations et même au ciblage militaire en Irak, Afghanistan ou Gaza via Israël. « Roi de la surveillance », Palantir sait tout, voit tout, et vend cette omniscience à qui veut surveiller, analyser.
Mais qui rencontre vraiment Zelensky ce mardi ? Alex Karp, l’homme de paille progressiste ? Ou le spectre de Thiel ? Vient-il pour Gotham, la plateforme de défense et renseignement qui alimente déjà la « kill chain » ukrainienne (ciblage automatisé, drones, satellites) ? Pour Foundry, l’outil d’intégration massive de données civiles et militaires qui aspire des flux entiers du champ de bataille ? Ou pour AIP, la nouvelle Artificial Intelligence Platform qui fusionne IA générative et décisions opérationnelles en langage naturel ? Ou, plus probablement, pour les trois à la fois ?
Pour l’Europe, le signal est glaçant. Kiev devient le laboratoire grandeur nature d’une guerre high-tech pilotée par une entreprise privée américaine. Les données sensibles ukrainiennes – drones, positions, frappes – enrichissent les algorithmes de Palantir, cotée en bourse et soumise au Patriot Act. Souveraineté numérique ? L’Europe, qui paie déjà des milliards pour des contrats Palantir (France, Allemagne, Royaume-Uni), risque de se retrouver façon vassale technologique. Ses armées, ses services, ses données dépendront demain d’un outil dont les clés restent à Denver ou Miami. Un précédent fort dangereux pour une future « défense européenne ».
Côté Moscou, le message va être clair, la guerre n’est plus seulement contre Kiev, mais contre le complexe militaro-tech américain. La Russie y voit une escalade algorithmique, une prolongation infinie du conflit par procuration. Poutine et ses alliés chinois ne resteront certainement pas inertes. Contre-IA, cyber-attaques ou alliances technologiques accélérées sont à prévoir.
Une fois de plus l’Europe regarde ailleurs.







