Les éoliennes produisent une électricité décarbonée, mais ne se contentent pas de tourner dans le vide. En mer du Nord, leurs immenses pales et leurs fondations modifieraient les courants marins, au point de déplacer chaque année jusqu’à 1,5 million de tonnes de vase et de carbone organique. C’est la conclusion d’une étude de modélisation menée par le Helmholtz-Zentrum Hereon et publiée dans Communications Earth and Environment.
L’Europe accélère sur l’éolien offshore pour réduire ses émissions de CO₂, mais ces infrastructures pourraient perturber certains mécanismes naturels de stockage du carbone dans les fonds marins. Comme le rapporte Science et Vie, les chercheurs ne parlent pas d’une catastrophe imminente, mais d’un phénomène discret, cumulatif, qui pourrait transformer lentement l’écosystème de la mer du Nord.
Les scientifiques se sont intéressés à un élément souvent ignoré dans les débats sur la transition énergétique : la vase. Ces sédiments fins transportent une partie du carbone organique produit par les écosystèmes marins. Lorsqu’ils se déposent au fond de l’océan, ils piègent ce carbone, parfois pendant des siècles. Ce stockage naturel participe au cycle du carbone océanique, rouage essentiel de la régulation climatique mondiale.
Or les parcs éoliens géants modifient la dynamique de l’eau. Les turbines ralentissent le vent sur plusieurs dizaines de kilomètres. Sous la surface, leurs structures créent aussi des turbulences qui remettent les particules en suspension. Selon les simulations du Hereon, ces effets combinés changent la manière dont les sédiments circulent et se déposent sur le plateau continental nord-européen.
La baie allemande serait particulièrement touchée. Cette zone joue un rôle majeur dans l’accumulation naturelle des particules fines venues du large. Les modèles montrent pourtant que les dépôts y diminuent à mesure que les parcs offshore se multiplient. Ailleurs, dans des zones secondaires comme la vallée Paléo-Elbe, les dépôts augmenteraient au contraire. Le paysage sous-marin se redessine lentement.
Additionnés sur plusieurs décennies, ces micro déplacements pourraient altérer durablement les sites naturels de stockage du carbone. Le sujet devient d’autant plus sensible que l’Europe prévoit une expansion massive de l’éolien en mer. L’Union européenne veut multiplier par dix ses capacités offshore d’ici à 2050. La Belgique envisage par exemple de porter sa capacité installée à plusieurs gigawatts supplémentaires dans les prochaines années.










