Le fort des Trois-Têtes doit accueillir jusqu’à 1 200 athlètes pendant les Jeux d’hiver 2030, avant de devenir un nouveau quartier. Mais à Briançon, les opposants redoutent un chantier trop cher, mené trop vite sur un site patrimonial fragile.
Les JO d’hiver 2030 approchent, et avec eux l’un des dossiers les plus sensibles du projet olympique français. Le fort des Trois-Têtes, ancienne fortification Vauban perchée au-dessus de la ville, doit être transformé en village olympique. Pendant la compétition, il logerait entre 900 et 1 200 athlètes. Après les Jeux, il deviendrait un quartier avec logements, commerces, hôtel et équipements publics, selon les éléments présentés par Reporterre.
Le site est abandonné depuis le départ de l’armée, fin 2008. Le maire divers droite de Briançon, Arnaud Murgia, défend une occasion historique : « Je suis extrêmement heureux qu’on puisse sauver cet élément absolument incontournable de notre patrimoine et de le valoriser aux yeux du monde entier », a-t-il déclaré lors d’une réunion publique.
Mais la promesse olympique a aussi son envers. Mercredi 17 juin, près de 220 personnes ont assisté à la première réunion de concertation, dans une salle trop petite pour contenir tout le monde. Une partie des habitants s’inquiète du coût, des délais et des risques sur un site classé au patrimoine mondial de l’Unesco. « Ici, avec des délais aussi serrés, on court vers des malfaçons, des travaux supplémentaires et des contentieux », résumé un participant. La Solideo Alpes 2030, chargée de livrer les ouvrages olympiques, doit coordonner les infrastructures et « garantir les délais », selon le ministère des Sports. Les premiers sujets actés comprennent le village olympique et paralympique de Briançon, la réhabilitation du fort des Trois-Têtes, mais aussi d’autres équipements comme la rénovation du complexe de bobsleigh de La Plagne.
Le fort est à 1 400 mètres d’altitude. Il est classé monument historique et intégré au réseau Vauban inscrit à l’Unesco. Le Monde souligne qu’un faux pas pourrait fragiliser ce statut patrimonial. Les travaux doivent commencer au printemps 2027, après les dépôts de permis attendus avant septembre, et le comité d’organisation doit prendre possession du site à l’été 2029. Il faudra donc restaurer, construire, acheminer les matériaux, refaire une route d’accès et percer un tunnel dans la roche.
L’autre chantier, c’est la facture. Le coût global du projet Briançon, comprenant le fort des Trois-Têtes, le site de la Schappe et un éventuel transport par câble, est désormais estimé à 133 millions d’euros, dont 71 millions de subventions publiques. La seule rénovation du fort coûterait 67 millions d’euros, financés à 60 % par de l’argent public. Les organisateurs promettent un héritage durable. Les opposants y voient plutôt un projet déjà ficelé, présenté à la population quand l’essentiel semble décidé. Le gouvernement, lui, veut plafonner le budget d’organisation à 2 milliards d’euros et les infrastructures autour d’un milliard, tout en promettant de tenir les dépenses « à l’euro près ». Mais les Jeux d’hiver sont structurellement déficitaires et plusieurs notes de l’Inspection des finances avaient alerté sur une possible sous-estimation des coûts.










