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seuls deux dossiers ne sont pas prescrits

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Des dizaines de récits ont été retrouvés, mais le calendrier judiciaire en efface presque tous.

Le dossier compte des dizaines de personnes susceptibles d’avoir été victimes, mais la justice ne pourra examiner qu’une partie infime des faits reprochés. Lors d’un point presse organisé vendredi 24 juillet, le procureur de Grenoble Étienne Manteaux a indiqué que Jacques Leveugle pourrait être renvoyé devant la cour criminelle départementale de l’Isère pour des faits concernant deux plaignants.

Les écrits attribués à l’ancien éducateur mentionneraient 89 garçons mineurs. Les enquêteurs ont désormais identifié 79 personnes susceptibles d’avoir subi des attouchements sexuels ou des viols entre 1971 et 2023. Cinquante-cinq ont été entendues et 24 ont déposé plainte. Malgré ces chiffres, le parquet affirme que « seules deux victimes sont concernées par des faits qui ne sont pas prescrits ».



Quinze tomes découverts par son neveu

L’enquête a commencé en septembre 2023. Le neveu de Jacques Leveugle, qui disait avoir des soupçons sur la vie de son oncle, avait remis aux gendarmes plusieurs clés USB contenant des mémoires numériques. Le document représentait quinze tomes dans lesquels étaient racontées des rencontres avec des adolescents, parfois désignés uniquement par un prénom ou un surnom.

Ces fichiers ont conduit à l’ouverture d’une information judiciaire. Jacques Leveugle a été mis en examen en février 2024 pour viols et agressions sexuelles aggravés sur mineurs, puis placé en détention provisoire. Il reste présumé innocent tant qu’aucune condamnation définitive n’a été prononcée.

Le septuagénaire a travaillé comme éducateur, enseignant, professeur de français ou moniteur de spéléologie. Il a vécu ou séjourné dans de nombreux pays, notamment en Algérie, au Maroc, en Allemagne, en Colombie et en Inde. Selon les enquêteurs, il ciblait principalement des garçons âgés de 13 à 17 ans, souvent issus de familles modestes.

Le parquet décrit une « séduction intellectuelle » utilisée pour gagner la confiance des adolescents et de leur entourage. Sa culture, sa maîtrise de plusieurs langues et son image d’éducateur lui auraient permis de se rapprocher durablement des familles avant d’isoler les jeunes concernés.



L’appel à témoins a permis de recueillir cinq nouvelles plaintes

Face aux difficultés rencontrées pour retrouver les personnes citées dans les mémoires, la gendarmerie avait lancé le 10 février 2026 un appel à témoins concernant Jacques Leveugle. Les enquêteurs cherchaient à identifier d’autres victimes potentielles, mais aussi des personnes ayant fréquenté l’ancien éducateur au cours de ses déplacements.

Cette démarche a généré 146 appels ou courriels. Vingt-cinq contacts ont été jugés exploitables. Cinq personnes supplémentaires ont porté plainte et vingt autres ont expliqué avoir côtoyé le mis en cause sans déclarer avoir été directement victimes. Certaines ont rapporté avoir entendu, à l’époque, des rumeurs concernant son comportement avec des mineurs.

Parmi les 79 personnes désormais identifiées, 55 ont pu être auditionnées. Les autres n’ont pas été retrouvées, sont décédées ou n’ont pas souhaité répondre aux enquêteurs. Plusieurs personnes localisées à l’étranger ont également refusé d’être entendues, notamment au Maroc.

Deux plaignants seulement sont concernés par des faits non prescrits

Les deux dossiers qui pourraient être examinés lors d’un procès concernent des hommes aujourd’hui âgés de 43 et 45 ans. Pour les 22 autres plaignants, l’ancienneté des faits empêche désormais des poursuites pénales, malgré les allongements successifs des délais de prescription pour les violences sexuelles commises sur des mineurs.

La prescription interdit de poursuivre les faits concernés, mais elle n’empêche pas les personnes ayant déposé plainte d’être entendues comme témoins au cours d’un éventuel procès. Leurs récits pourraient ainsi aider la cour à comprendre le parcours du mis en examen et le fonctionnement décrit par les enquêteurs.



Un procès envisagé en 2027

Le procureur de Grenoble espère une clôture de l’instruction au cours de l’automne. Un dernier interrogatoire de Jacques Leveugle doit auparavant être organisé. Le parquet devrait ensuite demander son renvoi devant la cour criminelle départementale de l’Isère. Si ce calendrier est respecté, le procès pourrait se tenir en 2027.

Les mémoires contiendraient également le récit de la mort de sa mère, étouffée avec un coussin en 1974 à Maisons-Laffitte, et de celle de sa tante en Suisse en 1992. Jacques Leveugle aurait présenté ces gestes comme une manière d’abréger leurs souffrances. Le parquet considère que ces deux faits sont eux aussi prescrits et ne devraient donc pas faire l’objet d’un procès.

L’audience envisagée ne portera ainsi que sur deux séries de faits parmi les dizaines recensées par les enquêteurs. Plus d’un demi-siècle après les premières accusations mentionnées dans le dossier, la grande majorité des plaintes restera sans jugement pénal en raison de la prescription.





Source

RESIST CAEN
Author: RESIST CAEN

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