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France Travail délègue à un algorithme le tri des chômeurs à contrôler

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Le 10 décembre 2025, un nouvel outil numérique était soumis au comité d’éthique de France Travail. Sa mission consiste à repérer, parmi des millions de demandeurs d’emploi, celles et ceux qui risquent le plus d’avoir insuffisamment cherché du travail. Six millions de personnes pourraient bientôt passer sous ce filtre automatisé.

Next INpact rapporte que France Travail développe un outil algorithmique destiné à accélérer le repérage des demandeurs d’emploi à contrôler. Baptisé « Ciblage du Contrôle de la Recherche d’Emploi », ce dispositif a été soumis en fin d’année dernière au comité d’éthique interne de l’organisme, en phase de test avant un déploiement plus large.

Le document qui atteste de son existence a été révélé par la Quadrature du Net, en partenariat avec la cellule investigation de Radio France. Il en ressort que le modèle repose sur un arbre de décision, une méthode statistique classique, et non sur un système d’IA générative comme un grand modèle de langage. Le calcul intègre 26 variables, parmi lesquelles l’historique des ruptures d’inscription, le délai avant réinscription, le niveau de formation, le métier recherché, la tension sur ce métier ou encore la présence d’un CV visible en ligne.

Entraîné à partir de 60 000 dossiers passés, l’algorithme affiche des résultats nets sur son échantillon de test. Ses cibles ont donné lieu à un examen complémentaire dans 79 % des cas, contre 53 % pour les contrôles tirés au hasard, et 64 % d’entre elles ont débouché sur une redynamisation ou une sanction. France Travail affirme avoir cherché activement d’éventuels biais de sélection, reconnaissant un risque de surreprésentation des demandeurs d’emploi aux revenus les plus faibles. Cela a conduit à retirer la variable du salaire journalier de référence avant de la réintégrer, pondérée selon la répartition des revenus dans la population générale. Le dispositif a pour l’instant été testé sur deux campagnes d’environ 7 000 personnes ayant connu une rupture conventionnelle, un public choisi parce qu’il coûte plus cher en moyenne à l’organisme. France Travail affiche déjà l’intention d’élargir le modèle à d’autres publics.

Le dispositif essuie toutefois une critique importante. Il dépolitiserait, en le présentant comme une question purement technique et neutre, un choix qui reste éminemment politique, celui des critères retenus pour désigner qui doit être contrôlé. L’opacité du code est également en cause. Les demandes d’accès sont restées sans réponse, alors que celui de la CNAF n’a été obtenu qu’après une bataille judiciaire, et celui de l’Assurance maladie qu’à la faveur d’une erreur de caviardage de l’administration. Interrogée dans le cadre de cette enquête, la cofondatrice de l’Observatoire des algorithmes publics Soizic Pénicaud considère que « l’algorithme va systématiquement taper sur les mêmes ».

Depuis le 1er janvier 2026, toute personne bénéficiaire du RSA doit s’inscrire à France Travail, ce qui porte à plus de 6 millions le nombre de profils potentiellement scrutés chaque mois. Le nombre de contrôles est passé de 200 000 en 2017 à 730 000 en 2025, l’objectif gouvernemental pour 2027 étant fixé à 1,5 million. France Travail assure que repérer un dossier ne revient pas à présumer d’un abus. Reste que cette neutralité affichée s’appuie sur une pondération que ni les allocataires ni le public ne peuvent vérifier.





Source

RESIST CAEN
Author: RESIST CAEN

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