Google promet une recherche plus intelligente, dopée à l’IA, mais nombreux sont les internautes à y voir avant tout une recherche fermée. Avec ses résumés générés automatiquement, le moteur capte l’attention avant même que l’utilisateur ne visite les sites qui produisent l’information. Difficile de se faire son propre avis quand l’information est imposée.
Le vieux Google aux dix liens bleus laisse peu à peu sa place à une interface plus bavarde, plus sûre d’elle, plus enveloppante. Une machine qui ne se contente plus de classer le web, mais qui le mâche avant de le servir. Reporterre parle de « merdification » des recherches Google, ce lent glissement où un service utile devient moins bon pour ses usagers dès qu’il sert d’abord les intérêts de la plateforme.
Google présente évidemment l’affaire autrement. Lors de sa conférence I/O 2026, l’entreprise a annoncé « la plus grande amélioration » de Search depuis plus de vingt-cinq ans, avec une barre de recherche repensée, des réponses conversationnelles, des agents et un AI Mode qui aurait déjà dépassé le milliard d’utilisateurs mensuels. Dans le vocabulaire de Mountain View, il ne s’agit pas d’enfermer l’internaute, mais de l’aider à « demander n’importe quoi ».
Le hic, c’est que quand Google répond, l’utilisateur clique moins. Une étude du Pew Research Center, menée sur 68 879 recherches Google aux États-Unis, montre que les utilisateurs exposés à un résumé IA cliquent sur un lien classique dans seulement 8 % des visites, contre 15 % lorsqu’aucun résumé IA n’apparaît. Les liens cités dans le résumé lui-même ne recueillent qu’environ 1 % des clics. La page de résultats devient alors un cul-de-sac poli. On y entre, on lit, on repart. Les sites qui ont produit la matière première restent cachés.
Pour les médias, l’addition est brutale. On observe une baisse des renvois de Google vers des sites d’actualité en 2025, avec un recul de 9 % en mars par rapport à janvier et de 15 % en avril. Dans le même temps, les robots d’IA continuent d’aspirer le web. Cloudflare estime que près de 80 % de l’activité des robots d’IA sert désormais à l’entraînement des modèles. Le web est donc lu par les machines, mais de moins en moins visité par les humains.
Google tente de montrer patte blanche. Le 27 mai 2026, le groupe a annoncé de nouveaux outils pour mettre en avant les « sources préférées », les articles « très cités » et des carrousels de liens dans ses réponses IA. Mais cette rustine arrive après l’incendie. Au Royaume-Uni, l’autorité de la concurrence impose désormais à Google de permettre aux éditeurs de refuser l’utilisation de leurs contenus dans les résumés IA sans disparaître pour autant de la recherche classique.










