Vendredi 17 juillet, les métiers à tisser de la maison Darquer s’arrêtent pour de bon. Fondée en 1840, la plus ancienne fabrique de dentelle de Calais employait encore 45 salariés, placés en liquidation judiciaire cette semaine par le tribunal de commerce de Boulogne-sur-Mer. Un savoir-faire vieux de 186 ans s’éteint, dans une filière calaisienne déjà exsangue.
Le tribunal de commerce de Boulogne-sur-Mer a prononcé la liquidation judiciaire de Darquer jeudi, avec une poursuite d’activité limitée au 17 juillet, rapporte franceinfo. L’entreprise, en redressement judiciaire quasi permanent depuis un an, n’a trouvé aucun repreneur. Fondée en 1840, elle est pourtant considérée comme la doyenne des fabriques de dentelle de Calais et employait encore 45 salariés, qui feront l’objet d’un licenciement économique. Le président de la Fédération française de dentelles et broderies, Corentin Potencier, y voit « une immense tristesse pour l’ensemble de la profession », rappelant que Darquer comptait parmi les maisons qui avaient porté la dentelle française à l’international. Le phénomène dépasse la seule dentelle : en France, les défaillances d’entreprises pourraient atteindre entre 71 000 et 75 000 d’ici la fin de 2026.
Derrière Darquer se trouve le groupe nordiste Cochez, dirigé par l’entrepreneur valenciennois Pascal Cochez, dont le plan de redressement a été refusé par le tribunal, précise Le Journal des Entreprises. La société avait réalisé 5,48 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025. Rachetée en 2019 sous le nom de Darquer & Méry, elle avait déjà cédé son activité Méry fin 2025 avant qu’un appel à la reprise, resté sans offre viable au 26 juin, ne scelle son sort. Le groupe Cochez recentre désormais son pôle dentelle sur Boot & Cosetex, du nom de son dernier atelier.
« On s’est battus jusqu’au bout », confie le directeur général de Darquer, Sébastien Bento Soares, cité par ICI. Une quarantaine de métiers à tisser Leavers, énormes machines en fonte conçues en Angleterre au début du XIXe siècle et perfectionnées grâce au système Jacquard, tournaient encore dans les ateliers. La dentelle de Calais-Caudry habille des maisons de couture et des clientes comme Beyoncé ou des membres de la famille royale britannique ; elle avait obtenu en 2024 une indication géographique censée la protéger de la contrefaçon. Rien n’a arrêté la concurrence des dentelles tricotées, produites en Asie à moindre coût et à un rythme plus soutenu.










