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Facturation électronique : vers une simplification administrative ou un contrôle permanent des entreprises ?

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À moins de trois mois de l’entrée en vigueur de l’obligation de la facturation électronique, la contestation monte. Prévue pour le 1ᵉʳ septembre 2026, cette réforme est officiellement présentée comme un progrès de modernisation, de simplification administrative et de lutte contre la fraude à la TVA. Dans les faits, de nombreux entrepreneurs, indépendants et artisans y voient surtout une nouvelle étape vers la numérisation forcée de l’économie et un renforcement sans précédent du contrôle exercé sur leur activité.

C’est dans ce contexte que Madeleine Riveron, illustratrice indépendante installée à Genillé en Indre-et-Loire, a lancé une pétition sur le site de l’Assemblée nationale pour exiger l’abandon de cette obligation. Le texte a déjà recueilli plusieurs dizaines de milliers de signatures, témoignant d’un rejet profond qui dépasse de loin le seul monde des micro-entreprises.

Concrètement, la réforme contraint les entreprises à faire transiter toutes leurs factures par des plateformes agréées selon des formats strictement normalisés. L’administration fiscale obtiendra ainsi une vision instantanée, exhaustive et centralisée de l’ensemble des transactions inter-entreprises. Si le gouvernement met en avant fluidité des échanges et sécurisation des recettes, les opposants y dénoncent une transformation profonde du rapport entre l’État et le monde économique. Le contrôle social à la chinoise s’immisce insidieusement.

Pour les critiques, cette facturation électronique obligatoire s’inscrit dans une logique plus large de centralisation des données et de traçabilité généralisée. Derrière le discours de simplification, ils pointent le risque d’installer un véritable contrôle fiscal permanent et une surveillance de masse des activités commerciales. Chaque transaction deviendrait immédiatement visible et exploitable par l’administration, au détriment de la confidentialité des échanges et du secret des affaires. Ils alertent sur une dépendance croissante à des infrastructures numériques dont les entreprises ne contrôlent ni les règles, ni les coûts, ni les évolutions. Cette réforme contribuerait à placer l’économie française sous surveillance permanente, où la collecte massive de données primerait sur l’autonomie des acteurs économiques.

Face à cette réforme imposée sans réelle concertation large, la pétition de Madeleine Riveron a franchi le seuil des 22 000 signatures, permettant son examen par une commission de l’Assemblée nationale. Le gouvernement, cependant, ne semble pas envisager de revenir sur le principe même du dispositif et se contente d’annoncer des mesures d’accompagnement pour les plus petites structures. Une posture qui renforce le sentiment d’un passage en force.

A lire aussi : Facturation électronique : sous couvert de « simplification », la fin de la liberté de commercer et l’avènement d’un contrôle fiscal permanent 

Cette mobilisation pose une question essentielle : jusqu’où l’État peut-il exiger une transparence totale des échanges économiques sans offrir de garanties solides sur l’usage, la conservation et la protection des données collectées ? Car si la lutte contre la fraude fiscale est légitime, l’absence de débat approfondi sur les contreparties démocratiques et sur les risques de dépendance technologique alimente un sentiment croissant d’inquiétude chez ceux qui voient dans cette réforme bien plus qu’une simple évolution technique.

Le “deux poids, deux mesures” de l’administration

Alors que l’État impose aux entreprises une transparence totale et en temps réel de leurs transactions à travers la facturation électronique obligatoire, il fait lui-même preuve d’une opacité croissante sur certains de ses budgets et de ses actions. Élu pour incarner l’intérêt général et rendre des comptes aux citoyens, il devrait être là pour montrer l’exemple en matière de clarté et de responsabilité. Or, qu’il s’agisse de crédits militaires dissimulés, de fonds spéciaux ou de décisions stratégiques prises en dehors de tout véritable débat public, le manque de lisibilité s’accentue. Ce double standard alimente un sentiment de défiance : l’État exige des autres ce qu’il ne s’applique plus à lui-même.

Bien que non adaptées à tous les modèles d’entreprises, des alternatives concrètes s’esquissent

Le renfort des circuits courts, le maintien et même la défense des paiements en espèces, ainsi que l’essor de monnaies locales, permettent de sortir en partie des systèmes de traçabilité généralisée où le citoyen doit rendre des comptes à un État qui lui en rend de moins en moins. Ces pratiques restaurent une forme d’autonomie économique tout en recréant du lien humain direct entre les acteurs. Elles rappellent que l’économie n’est pas seulement une question de flux de données exploitables par l’administration, mais aussi une affaire de relations de confiance, de proximité et de responsabilité partagée. Ces solutions locales apparaissent comme autant de moyens de reprendre la main sur ses échanges et de résister à une dépossession progressive de la liberté d’échanger hors des radars numériques.





Source

RESIST CAEN
Author: RESIST CAEN

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