Le tribunal correctionnel de Paris avait lourdement condamné Nicolas Sarkozy en septembre 2025, sanctionnant une “corruption au plus haut niveau” d’une “exceptionnelle gravité” afin “d’obtenir l’engagement de la Libye à accorder un soutien financier” à sa campagne présidentielle de 2007.
Ce “pacte corruptif” aurait été scellé en se compromettant avec Abdallah Senoussi, N.2 et “homme des basses œuvres du régime libyen”: ce dernier aurait tablé sur l’accession à la présidence de Nicolas Sarkozy pour obtenir une amnistie ou une grâce après sa condamnation à perpétuité pour son rôle dans l’attentat contre le DC-10 d’UTA au-dessus du Niger en 1989, qui avait fait 170 morts, dont 54 Français.
Nicolas Sarkozy, qui a toujours contesté ce scénario, va devoir réfuter en appel les conclusions des juges de première instance qui l’ont désigné comme acteur et bénéficiaire d’une association de malfaiteurs.
Au cœur de la démonstration, “deux rencontres occultes” de Claude Guéant et Brice Hortefeux avec Senoussi en Libye le 30 septembre et le 21 décembre 2005, “dans des conditions pour le moins suspectes” et “en marge de déplacements officiels”. “Ils n’ont donné aucune explication cohérente et crédible” sur ces tête-à-tête, en amont et après une visite officielle de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur.
Le “collaborateur le plus proche” et l'”ami” de Nicolas Sarkozy “n’ont pu manquer (de lui) en rendre compte”. L’inverse “n’est pas crédible au regard de leurs relations de proximité et du risque qu’ils faisaient ainsi prendre aussi bien au ministre qu’au candidat”.
Contestés par Nicolas Sarkozy, le tribunal a jugé “probants” les carnets de l’ancien ministre du Pétrole libyen, Choukri Ghanem, dont le corps avait été retrouvé dans le Danube en 2012.
Or, ce journal accrédite “les dépositions des dignitaires libyens” sur des fonds versés pour la campagne et détaille “trois sources de financement, qui correspondent à des flux” mis au jour par l’enquête pour 6,5 millions d’euros, provenant de Bachir Saleh, le patron du fonds souverain libyen, proche de la France, du fils du leader libyen, Seif al-Islam Kadhafi, et d’Abdallah Senoussi, selon le jugement. L’argent a emprunté des “canaux proches du candidat à la présidence de la République française”.
L’enquête n’a pas établi que ces fonds avaient effectivement atterri dans les comptes de campagne, concèdent les juges. C’est un argument central de Nicolas Sarkozy. Mais, selon le tribunal, le simple fait que le “pacte corruptif” ait été préparé et conclu est condamnable, “indépendamment des faits qu’aucune somme ne soit in fine arrivée ou très partiellement ou que le financement de la campagne par l’UMP devenant certain, il n’y en ait plus eu besoin”, selon les juges.
Selon le jugement, le pacte avait en effet été noué “à une période où Nicolas Sarkozy”, en concurrence à droite avec Dominique de Villepin, n’était pas “certain d’être investi par son parti et d’obtenir son financement”.
Le jugement évoque l’hypothèse d’un détournement de cet argent. Dans ses carnets, Choukri Ghanem rapporte une conversation avec Bachir Saleh : “on leur a dit que l’argent n’était pas arrivé”, “il semblerait que les +mecs+ en chemin l’ont détourné”.
C’est un autre argument de Nicolas Sarkozy : pas d’enrichissement, pas de corruption. Hors-sujet, répondent les juges: “s’il est exact qu’il n’y a pas eu d’accroissement direct et immédiat de son patrimoine, l’association de malfaiteurs avait pour but de lui procurer un avantage dans la campagne électorale et de lui permettre d’accéder à la plus haute fonction et de l’exercer pendant cinq années.”
Outre “l’assurance d’un suivi de la situation d’Abdallah Senoussi”, elles pourraient être constituées par “le simple engagement de continuité de la politique engagée par Jacques Chirac, notamment la garantie du retour de la Libye sur la scène internationale” et par l’engagement pour un “développement en Libye de la filière nucléaire”.
“Aucun élément du dossier n’établit une quelconque action positive de Nicolas Sarkozy” concernant Senoussi mais cela “n’infirme pas que des promesses en ce sens, même irréalisables d’un point de vue judiciaire, aient été faites”.
En revanche, “aucun élément” ne permet d’inclure au “pacte corruptif” plusieurs contrats commerciaux : exploitation pétrolière par Total, vente d’Airbus ou de matériel de surveillance…
La “note Moussa Koussa”, du nom d’un responsable libyen, qui évoquait un financement occulte de 50 millions d’euros, avait enflammé la campagne présidentielle 2012 quand Mediapart l’avait révélée entre les deux tours : “le plus probable est que ce document soit un faux”, tranche le jugement. Mêmes doutes sur les témoignages “extrêmement variables” de l’intermédiaire Ziad Takieddine.
Quant à ceux des dignitaires du régime, “souvent imprécis”, “manquant de cohérence”, le tribunal donne acte à Nicolas Sarkozy qu’ils ont pu être motivés par la vengeance pour avoir lâché Mouammar Kadhafi.










