Le Département américain de la Défense diversifie ses fournisseurs IA. Quelques mois après la directive du président Donald Trump ordonnant à son administration de cesser l’usage de Claude (Anthropic), le Pentagone conclut un accord avec un autre géant, Google. La firme de Menlo Park rejoint OpenAi de Sam Altman et xAI d’Elon Musk.
Début 2026, un bras de fer intense a opposé Anthropic à l’administration Trump, déclenché par le refus de l’entreprise d’autoriser un usage sans restrictions de ses modèles d’IA par le Pentagone, notamment pour des applications militaires sensibles comme les armes autonomes ou la surveillance de masse. Le 27 février, Donald Trump a ordonné à toutes les agences fédérales de cesser immédiatement l’utilisation des technologies Anthropic, qualifiant l’entreprise de “left-wing nut jobs” sur Truth Social, tandis que le secrétaire à la Défense Pete Hegseth la désignait comme un “risque pour la chaîne d’approvisionnement”. Anthropic a riposté par un procès en mars, obtenant une injonction préliminaire contre cette mesure.
“Dans les limites de la loi”
Quelques heures seulement après l’annonce de Trump, OpenAI a signé un accord classifié avec le Pentagone pour fournir ses outils d’IA aux réseaux militaires confidentiels, s’engageant à finaliser la transition d’ici fin 2026 et acceptant les conditions refusées par son rival pour un accord estimé à plusieurs centaines de millions.
Malgré les assurances de Sam Altman selon lesquelles ses modèles ne serviraient ni à des systèmes létaux autonomes ni à une surveillance massive des citoyens, l’accord a provoqué des remous internes chez OpenAI. Le 7 mars, une directrice a démissionné publiquement, invoquant son opposition à un usage militaire sans supervision judiciaire et à des armes autonomes létales, soulignant les tensions éthiques au sein de l’entreprise. D’autres employés chez OpenAI tout comme chez Google, ont exprimé un soutien à Anthropic via des pétitions internes.
De son côté, le Pentagone semble tirer des leçons de son bras de fer avec Anthropic. En attendant de migrer ses systèmes de Claude vers une ou plusieurs autres IA, le Department of Defense (DoD) diversifie ses fournisseurs. “Trop dépendre d’un prestataire n’est jamais une bonne chose”, a déclaré Cameron Stanley, responsable de l’IA au Pentagone, à CNBC
Mardi, la presse américaine a annoncé que Google a conclu un accord avec le Pentagone pour étendre l’usage de son modèle génératif, Gemini, à des opérations classifiées. Cet accord comprend des dispositions indiquant que l’entreprise ne souhaite pas que ses technologies soient utilisées pour la surveillance de masse domestique ou des armes autonomes. Ces clauses, toutefois, ne semblent pas jouir d’un caractère contraignant et les contrats autorisent l’usage de l’IA “dans les limites de la loi”.
Contrairement au projet Maven, qui portait sur une analyse IA des images drones pour le Pentagone et qui a été abandonné après une large protestation des employés, Google a cette fois-ci fait fi de l’opposition de plus de 600 employés qui ont signé une lettre appelant à renoncer à ce type de collaboration.
Une IA “offensive”
Ces employés ont exhorté Sundar Pichai à refuser tout accord IA classifiée avec le Pentagone, arguant que “nous voulons voir l’IA bénéficier à l’humanité, plutôt que d’être exploitée de manière inhumaine ou destructrice”, citant risques de surveillance de masse, armes autonomes létales. “En l’état, il n’y a aucun moyen de s’assurer que nos outils ne feront pas des dégâts affreux”, déplorent-ils.
Peu après la décision de l’administration Trump de se séparer des services d’Anthropic, xAI, la start-up d’IA créée par Elon Musk, a également passé un accord d’environ 200 millions de dollars avec le Pentagone. Ce deal, officialisé par le secrétaire à la Défense Pete Hegseth lors d’un discours chez SpaceX, positionne Grok comme alternative “non woke” à Claude, accélérant la diversification post-rupture Anthropic et exploitant les données militaires accumulées sur 20 ans pour une supériorité IA “offensive”.
Par ailleurs, les poursuites d’Anthropic contre le Pentagone et l’administration Trump ont connu un coup d’arrêt récent. Le 8 avril, la Cour d’appel de Washington DC a refusé de suspendre le label, rejetant l’injonction malgré une victoire partielle à San Francisco.










