
Nous y découvrons, bien avant 1789, l’organisation d’une France autonome dans ses régions respectives géographiquement variées, ce qui amène une gestion économique adaptée à ces différences. Puis, plusieurs décennies avant la Révolution, il y a une volonté du pouvoir royal centré sur Paris de vouloir tout savoir, tout connaître, tout gérer jusqu’aux plus menus détails, comme celui d’un rafraîchissement de la toiture d’une église au fin fond du Béarn.
Nous apprenons, par l’étude d’actes notariés, de la magistrature, de récits du clergé, des mairies ou de déclarations lors d’assemblées politiques, qu’un lent clivage au sein du peuple se réalise, notamment par la différence de traitement des « tailles » (impôts). Par exemple, les nobles, en perdant petit à petit leur pouvoir politique fonctionnel devant celui, grossissant, du Roi et de ses intendants (les contrôleurs), reçoivent en échange la faveur d’être exemptés de ces tailles.
Dans le même temps, les paysans, à qui l’on demande d’utiliser leur temps privé pour construire et entretenir des routes qui mènent… aux châteaux !, se retrouvent avec toutes les charges financières d’un fonctionnement administratif de plus en plus lourd à supporter, le nombre de fonctionnaires de tout ordre augmentant…
Nous voyons aussi l’émergence d’une nouvelle classe issue du commerce, celle des roturiers, ces nouveaux riches qui feront donc concurrence aux nobles, dont la gestion du pays est en chute libre. Ajoutons à cela les intellectuels et philosophes qui, même s’il est relevé que pour l’époque, ils n’avaient pas forcément de notions politiques appliquées et applicables, prennent de plus en plus la parole publique et vont donc orienter la population.
Il ne manquait plus que la dernière touche finale : l’avènement d’un discrédit porté sur le christianisme et certaines valeurs traditionnelles, pour permettre le basculement.
L’analyse pragmatique et approfondie de Tocqueville nous replonge dans toutes ces étapes socio-politiques pendant les décennies précédant la fameuse Révolution. C’est une véritable prise de recul pour comprendre aujourd’hui ; à ce titre, certains paragraphes écrits il y a déjà 200 ans paraissent plus que d’actualité…
Voici quelques lignes extraites de son travail, où l’on voit comment l’infiltration de l’État est déjà observée par Alexis de Tocqueville :
« On ne découvre pas où pourraient se trouver placées les limites de la tyrannie administrative, ni pourquoi, après avoir réglé les grands intérêts de l’État, elle ne parviendrait pas à régenter les affaires de familles. »
Où en sommes-nous aujourd’hui, avec ces dernières années où l’on nous a dit quand et comment sortir, puis le nombre de doses à s’injecter pour avoir accès à différents lieux de vie, sans oublier « l’éducation sexuelle » pour la petite enfance ?
Et, en pleine dictature sanitaire, notamment en 2021 avec l’année de la mise en place du pass sanitaire, nous pouvions observer que trop de personnes n’avaient qu’une inquiétude à partir du mercredi :
« Il fait beau ce week-end ? »
Les mots d’Alexis de Tocqueville, écrits il y a deux siècles, expriment déjà cette vision :
« Les hommes n’y étant plus rattachés les uns aux autres par aucun lien de castes, de classes, de corporations, de familles, n’y sont que trop enclins à ne se préoccuper que de leurs intérêts particuliers, toujours trop portés à n’envisager qu’eux-mêmes et à se retirer dans un individualisme étroit où toute vertu publique est étouffée. Le despotisme, loin de lutter contre cette tendance, la rend irrésistible, car il retire aux citoyens toute passion commune, tout besoin mutuel, toute nécessité de s’entendre, toute occasion d’agir ensemble ; il les mure, pour ainsi dire, dans la vie privée. »










