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Où sont passés les milliards de l’AGS… qui veut la peau de la lanceuse d’alerte Houria Aouimeur ?

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Il aura fallu oser demander des comptes sur 7 milliards d’euros pour qu’en retour, la justice offre à cette directrice un non-lieu et un licenciement.

À l’automne 2018, la juriste Houria Aouimeur est nommée directrice de l’AGS, le régime de garantie des salaires, créé en 1973 et géré conjointement par le patronat et l’Unedic. Quand une entreprise est en cessation de paiement, cette association avance les fonds destinés à verser les salaires du personnel tant que l’activité se poursuit. Ces quinze dernières années, elle a versé près de 26 milliards d’euros à plus de 3,2 millions de salariés. Mais à son arrivée, la nouvelle directrice, dont le prédécesseur est resté trente-huit ans en place, découvre un système opaque, des labels attribués à certains mandataires judiciaires selon des critères obscurs, des avocats bénéficiant de contrats mirobolants et, surtout, des sommes colossales classées en pertes, sans véritables justificatifs ni contrôle. Un premier puis un second audit révèlent que près de 7 milliards d’euros se seraient évaporés. Anticor évoque même 15 milliards.

La nouvelle directrice découvre aussi que certains dossiers de liquidation judiciaire à forts enjeux financiers restent indéfiniment ouverts. Alors que, à son initiative, l’AGS dépose plusieurs plaintes pour vol, corruption et abus de confiance, cette femme à la carrière irréprochable subit des pressions et des menaces qui vont crescendo : porte vandalisée à plusieurs reprises, filatures ostensibles, messages inquiétants… C’est le début d’un engrenage qui aboutit, en 2023, à son licenciement pour « faute lourde », avec des accusations qu’elle récuse point par point. En vain.



À l’automne 2025, alors que plusieurs témoins clés n’ont pas été entendus, la justice a prononcé un non-lieu pour toutes les plaintes de l’AGS relatives aux détournements de fonds. Elle a par ailleurs jusqu’ici refusé d’accorder à Houria Aouimeur le statut protecteur de lanceuse d’alerte, statut que lui ont pourtant reconnu la défenseure des droits et la Maison des lanceurs d’alerte. L’association Anticor, en pointe sur le combat anticorruption, lui a de son côté décerné un prix éthique en 2025. Pour cette fille d’immigrés algériens qui a grandi dans une cité de Saint-Étienne et gravi un à un les échelons, la consécration qu’avait représentée sa nomination à l’AGS a tourné au cauchemar. En suivant le parcours de cette femme blessée mais pas vaincue, Sylvie Gilman et Thierry de Lestrade (Sophie Rollet contre Goodyear) retracent un feuilleton judiciaire qui, pour le moins, questionne.

« Qui veut la peau de la lanceuse d’alerte ? » : Un documentaire Arte à visionner sur YouTube.



Source

RESIST CAEN
Author: RESIST CAEN

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