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sa carrière est terminée, le retour sur scène ressemble désormais à une fiction

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Patrick Bruel voulait casser la voix, mais c’est finalement sa carrière qui s’est brisée.

Demander si la carrière de Patrick Bruel se trouve « au bord du précipice » paraît désormais bien timide. Elle n’est plus au bord : elle a basculé. Il pourra toujours enregistrer un disque, publier un communiqué ou se produire devant un dernier carré de fidèles. Mais retrouver les grandes scènes, les émissions familiales, les festivals populaires et cette image de vedette rassurante paraît aujourd’hui presque impossible.

Le 10 juin 2026, Patrick Bruel a été mis en examen pour viol, tentative de viol, agression sexuelle et harcèlement sexuel dans quatre dossiers. Il a également obtenu le statut de témoin assisté dans quatre autres procédures. Placé sous contrôle judiciaire, il doit notamment verser une caution de 500 000 euros, suivre des soins psychologiques, ne pas quitter le territoire et ne pas entrer en contact avec les plaignantes. Patrick Bruel conteste les accusations.



Le soutien aux femmes ressort au pire moment

Le contraste est particulièrement cruel pour celui qui avait publiquement endossé le costume de l’homme engagé contre les violences faites aux femmes. En 2013, Patrick Bruel posait avec du rouge à lèvres pour soutenir une campagne contre le viol. « Pour vous, j’ai mis du rouge », écrivait-il alors. La photo devait montrer un homme concerné, attentif et solidaire.

Treize ans plus tard, cette ancienne démonstration de vertu publique lui revient en pleine figure. La campagne contre les violences sexuelles avait produit une belle image. La multiplication des accusations en produit une autre, beaucoup moins flatteuse. La communication était impeccable ; la postérité de la photographie l’est nettement moins.

Il appartient évidemment aux juges de déterminer ce qui est établi pénalement. Mais le public n’est pas tenu d’oublier le décalage entre les discours et les accusations. On ne peut pas se présenter pendant des années comme un homme sensible aux violences subies par les femmes, puis s’étonner que cette posture soit examinée lorsque des dizaines de témoignages apparaissent.



Plus de trente femmes : le problème ne tient plus dans un communiqué

Patrick Bruel n’est pas confronté à un témoignage isolé apparu au détour d’une polémique. Selon les enquêtes publiées ces derniers mois, plus d’une trentaine de femmes l’ont mis en cause pour des comportements ou des violences sexuelles présumées. Les récits couvrent plusieurs décennies et des contextes très différents : tournées, rendez-vous professionnels, festivals, hôtels, loges ou séances de massage.

Une accumulation de témoignages ne constitue pas à elle seule une condamnation. Elle constitue en revanche une catastrophe professionnelle. À ce niveau, il ne suffit plus d’invoquer une cabale, la jalousie, les réseaux sociaux ou une époque devenue prétendument trop sévère. La défense automatique du puissant injustement persécuté finit par manquer d’air lorsque les témoignages viennent de femmes qui ne se connaissent pas et décrivent des situations réparties sur près de trente ans.

Les plaintes et les nouvelles révélations se sont succédé à un rythme tel que chaque tentative de sauver l’image du chanteur a été rattrapée par un nouvel épisode. Le disque est rayé. Le communiqué assurant qu’il coopère avec la justice ne répare plus rien. Et le refrain de la star attaquée parce qu’elle est célèbre commence à sonner comme une chanson que plus grand monde n’a envie d’entendre.



Les festivals ont déjà commencé à fermer la porte

La chute n’est plus seulement médiatique. Elle se mesure désormais en dates supprimées, en billets remboursés et en organisateurs qui ne veulent plus porter le risque. Trois concerts prévus au Québec en décembre ont été suspendus. En France, Patrick Bruel a lui-même annoncé l’annulation de ses concerts programmés entre juin et septembre 2026, officiellement dans un souci « d’apaisement et de responsabilité ».

La formule est polie. La réalité l’est moins : les festivals ne veulent pas transformer chaque concert en crise politique, en manifestation ou en casse-tête de sécurité. Un artiste de scène dépend de ceux qui l’accueillent, de ceux qui l’assurent et de ceux qui achètent une place. Quand chacun commence à regarder la sortie, le nombre d’albums vendus il y a trente ans ne pèse plus très lourd.



Le puissant qui donnait des leçons découvre enfin les conséquences

Pendant longtemps, les vedettes installées ont pu croire que leur popularité fonctionnait comme une assurance tous risques. Un bon avocat, quelques amis dans les médias, une tournée remplie et la machine repartait. Les coulisses restaient dans les coulisses, la parole des femmes pesait peu et l’homme célèbre conservait le micro.

Cette époque n’a pas totalement disparu, mais elle ne protège plus aussi efficacement. Patrick Bruel peut contester les faits, mobiliser ses soutiens et attendre le résultat de l’instruction. Il ne peut plus exiger que le public fasse comme s’il n’avait rien entendu. La puissance permet parfois de repousser le moment des comptes. Elle ne garantit plus l’impunité sociale à vie.

Le plus mordant est peut-être que Patrick Bruel aurait lui-même qualifié sa carrière de « terminée » avant son placement en garde à vue. Pour une fois, l’analyse semble lucide. Michel Hastings, professeur à Sciences Po Lille, ne croit pas davantage à un retour : « Je ne crois pas à un retour en grâce », affirme-t-il.





Source

RESIST CAEN
Author: RESIST CAEN

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