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Un projet de loi veut faire écouter les battements du cœur du fœtus avant un avortement

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Le projet chilien rappelle une évidence soigneusement évacuée : lors d’un avortement, deux vies sont concernées.

Le texte porte un nom difficile à rendre plus explicite : « Écoute son cœur ». Déposé à la Chambre des députés chilienne sous le numéro 18.419-11, le projet propose de modifier le Code sanitaire afin que les médecins informent les femmes de l’existence d’une activité cardiaque embryonnaire ou fœtale et leur donnent la possibilité de l’entendre avant l’interruption de grossesse.

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Une « possibilité » cependant très encadrée. D’après le contenu du projet actuellement examiné par la commission de la Santé, la patiente pourrait décliner l’écoute, mais le médecin devrait alors refuser de pratiquer l’avortement. Autrement dit, le cœur n’est pas seulement proposé à l’écoute : il devient une étape obligatoire du parcours.

Trois situations seulement autorisent l’avortement au Chili

Depuis 2017, l’avortement demeure interdit au Chili, sauf dans trois circonstances : lorsque la vie de la mère est en danger, lorsque l’enfant présente une pathologie incompatible avec la vie après la naissance ou lorsque la grossesse résulte d’un viol.

La proposition concerne donc des situations souvent dramatiques. Ses adversaires dénoncent une pression psychologique infligée aux femmes, notamment aux victimes de viol ou à celles dont l’enfant ne pourra pas survivre. Le Collège médical chilien et plusieurs organisations féministes ont qualifié la mesure de coercitive, voire de « revictimisante ».

Les défenseurs du projet répondent que l’avortement constitue précisément une décision suffisamment grave et irréversible pour que toutes les informations disponibles soient présentées. Le député Cristóbal Urruticoechea, l’un des principaux promoteurs du texte, affirme vouloir défendre « ces enfants sans défense que l’on assassine ».

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Le débat touche ainsi au point que le vocabulaire administratif préfère généralement contourner : l’avortement n’interrompt pas un simple calendrier biologique. Il arrête le développement d’un organisme vivant dont l’activité cardiaque peut déjà être détectée. Faire entendre cette réalité n’interdit pas encore le geste, mais empêche au moins de le réduire à une formalité médicale entre une prise de sang et une ordonnance.



Le gouvernement Kast garde le silence

Le projet est porté par des élus du Parti national libertarien et du Parti républicain, formation fondée par le président José Antonio Kast. Pourtant, le gouvernement chilien évite soigneusement de prendre position.

La ministre de la Femme, Judith Marín, a estimé que les parlementaires devaient trancher. Même prudence du côté de l’exécutif, qui préfère pour le moment laisser le Congrès gérer cette grenade politique. Une discrétion remarquable pour un gouvernement réputé conservateur : le cœur du fœtus peut battre, mais à La Moneda, personne ne souhaite encore parler trop fort.

Cette prudence n’a pas empêché plusieurs centaines de manifestantes de défiler à Santiago le 1er août contre la proposition. Pour les opposantes, écouter les battements constituerait une tentative de culpabilisation. Pour les partisans du texte, refuser cette écoute traduit au contraire la volonté de maintenir l’enfant hors du champ de conscience jusqu’au dernier instant.

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Le projet devra encore franchir plusieurs étapes parlementaires avant de devenir une loi. Mais il aura déjà obtenu un résultat rare : rappeler qu’avant une interruption volontaire de grossesse, il existe bien quelque chose à interrompre.



Source

RESIST CAEN
Author: RESIST CAEN

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