
Hospitalisé en Belgique en soins palliatifs, Arnaud Denis est sur le point d’obtenir le recours à l’euthanasie : « Pour moi, cette demande est l’aboutissement du déni et de l’abandon médical de mes complications en France. » En France, l’examen de la loi sur l’euthanasie par le Sénat n’est pas prévu avant avril ou mi-mai 2026.
Des centaines de victimes vont porter plainte
Me Philippe Courtois, l’avocat de Arnaud Denis, a recueilli une trentaine de plaintes et Me Pierre Debuisson prépare une action collective (500 plaintes et demandes d’expertise) pour blessures involontaires, tromperie aggravée et homicide involontaire.
Chaque année 250 000 patients sont opérés en France de la paroi abdominale, majoritairement pour une hernie de l’aine (20 millions dans le monde). Le marché des prothèses herniaires est donc lucratif. Que pèsent quelques centaines de victimes ?
Des implants reconnus dangereux
« Les médecins reconnaissent, à la lecture de mon dossier médical, le lien de causalité avec l’implant. J’ai dû, depuis cette opération faire le deuil successif de tout ce qui constitue la dignité d’une vie d’homme à 42 ans. Mon travail, ma sexualité, ma digestion… »
« Je tiens aussi à alerter sur la composition de ces prothèses en polypropylène. Certains immunologues et chercheurs font le lien direct entre la dégradation des microplastiques et les cancers colorectaux chez les jeunes. »
Un corps médical corrompu
Le 18 avril 2025, la Société française de chirurgie digestive avait réagit aux articles « Les implants de hernie sous surveillance rapprochée », publié par le journal Le Monde le 25 mars 2025 et « Alerte sur les prothèses de hernie : vers un nouveau scandale de santé publique », publié par le journal Le Parisien le 13 avril 2025.
Le premier argument de la Société française de chirurgie digestive est l’insulte : « Les “cas rapportés”, tels que celui cité dans l’article du Monde, incarnent le degré zéro de la pertinence méthodologique et sont souvent publiés dans des revues dites prédatrices, qui brillent par leurs intérêts pécuniaires (puisqu’il faut habituellement payer pour publier), sans être très regardantes sur la rigueur scientifique des auteurs et le plus souvent sans relecture par les pairs. […] Malheureusement, les données médicales issues de ces journaux sont relayées sur les réseaux sociaux dont on connait le potentiel destructeur, surtout quand les groupes ne bénéficient pas de médiation par des experts. »
Le deuxième argument de ces chirurgiens est le rapport/risque, ce qui rappelle Olivier Véran, ministre de la Santé et VRP de Pfizer. Aujourd’hui ce sont les implants qui, malgré des risques inévitables, sont sûrs et efficaces. « La médecine impose aujourd’hui une part de gestion du risque dans l’objectif de proposer au patient le meilleur soin avec un impact sociétal moindre. La vaccination en est une illustration récente. Malgré la survenue de complications individuelles, le bénéfice pour la société est le plus souvent majeur. »
Tous les signataires de la déclaration de la Société française de chirurgie digestive ont touché de l’argent d’un ou plusieurs de ces laboratoires spécialisés dans les implants : Medtronic (américain, 46 condamnations, 531 millions d’amendes), B. Braun (allemand), Johnson & Johnson (américain, 81 condamnations à 25 milliards de dollars)/Ethicon, Invamedn (turc), Becton Dickinson (américain, 47 condamnations à un total de 600 millions de dollars) et W L Gore (américain, pas trop condamné celui-là).
En haut du podium, Guillaume Passot a touché 114 902 € (sur 140 déclarations figurant à Transparence Santé dont de nombreuses ont été déposées par Medtronic).
Il est suivi de loin par Jérémie Lefevre, avec 60 déclarations, pour 35 922 € provenant de Servier, Intuitive Surgical SAS, Covidien AGn, Exafield, Digital Medical Hub, Provepharm, Medtronic, Atheneum Partners, Elivie.
À la troisième place, David Moszkowicz, le talonne. Chouchou de W L Gore qui lui a versé 35 013 € (sur 105 déclarations).
La Revue du praticien soutient la lucrative technique des implants
La Revue du praticien du 23 mars 2026 défend la technique des implants herniaires. Cette publication appartient à Global Média Santé dont l’actionnaire unique est le groupe SFP Expansion dont l’actionnaire principal est Naxicap Partners, lequel est une filiale de Natixis Investment Managers, filiale de la BPCE (groupe bancaire coopératif). La Revue du praticien est financée par les banques.
Un système judiciaire défaillant
Arnaud Denis : « J’ai encore beaucoup de rancœur contre le système médical qui permet que le patient ne soit pas informé des complications liées à l’implant et pas accompagné quand elles surviennent. J’ai également de la rancœur contre le système judiciaire français, de qui je n’attends rien, rien du tout. Je le dirai jusqu‘à mon dernier souffle : il n’y a pas en France de justice pour les victimes de scandales sanitaires, comme l’ont montré le scandale des bandelettes sous-urétrales en polypropylène, les implants Essure ou encore le scandale Dentexia. »
« J’ai déposé plainte pour laisser une trace dans les archives juridiques. Je pense que ni les juges, ni les experts médicaux ne vont m’aider, ni aider ma famille après mon décès, à établir un lien de causalité avec cet implant. Je pense que ça va être l’inverse. »
Des solutions pour protéger les malades
« Je souhaite que la méthode de suture [pratiquées avant l’arrivée des implants] revienne en France à la demande des patients qui ne souhaitent pas être implantés. Je voudrais que la notice des implants soit présentée aux patients lors de la première consultation, et pas envoyée par le fabricant après qu’une plainte a été déposée. Je souhaite aussi que les quinze complications liées à ces implants et les maladies qui en découlent soient reconnues par les chirurgiens, et suivies par le corps médical, parce qu’on ne propose rien aux patients en souffrance. Nous demandons aussi que cesse la psychologisation de la douleur des patients. Il n’est plus acceptable d’entendre de la part des chirurgiens “vos douleurs sont dans la tête”. C’est la dernière insulte institutionnelle qui pousse au suicide. »
Le ministère de la Santé éclaboussé par les scandales
Une députée a déposé une question écrite au ministre de la Santé sur « Les complications liées à la pose de prothèses dans le cadre d’hernies » le 17 mars 2026.
« En France, la réponse des autorités sanitaires apparaît insuffisante au regard des enjeux nouveaux que pose l’émergence de telles complications post opératoires. L’agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a récemment indiqué qu’elle envisageait de faciliter l’accès à l’information par la création d’une page thématique dédiée sur son site internet, mais pas avant le second semestre 2026. Un tel calendrier, reposant essentiellement sur une communication différée, ne saurait constituer une réponse satisfaisante […] Dans ce contexte, Mme la députée souhaite savoir quelles mesures immédiates et concrètes le gouvernement entend mettre en œuvre pour améliorer la surveillance, la traçabilité et la prise en charge des complications liées aux prothèses de hernies, par la création d’un registre national par exemple. »
D’autres scandales d’implants étouffés
Comme l’a déploré Arnaud Denis, le scandale des implants contraceptifs Essure (dispositif de stérilisation définitive commercialisé par Conceptus, puis par Bayer) n’a pas abouti, en France, à une condamnation massive du laboratoire. Aux États-Unis, en août 2020, Bayer avait dû verser 1,35 milliard d’euros pour clore 90 % des 39 000 plaintes déposées par des femmes américaines.
Le scandale des implants contraceptifs Dentexia n’a abouti qu’à une liquidation judiciaire, sans sur vrai procès collectif. Les victimes attendent toujours une décision qui reconnaisse les responsabilités des laboratoires et permette des indemnisations significatives.
Au fait, qui est le neuvième ministre de la Santé aujourd’hui ? Réponse : Stéphanie Rist, médecin rhumatologue qui avait touché 22 000 euros de plusieurs laboratoires pharmaceutiques entre 2012 et 2016. Défendra-t-elle les victimes du scandale des implants herniaires ou protégera-t-elle les laboratoires, comme Marisol Touraine lors des affaires Essure et Dentexia, au détriment des victimes ?










