
Cette sortie, bien que présentée comme une opinion personnelle, illustre une fois de plus l’obsession de la macronie pour les réformes structurelles, souvent au mépris des acquis sociaux chers aux Français.
Wikipédia sèche sur la carrière professionnelle de Sophie Primas entre 1987 et 2010 : « Cette section est vide, insuffisamment détaillée ou incomplète. » On complète comme on peut : une fois diplômée de l’Essec en 1987, Sophie Primas part en 1988 pour une mission d’un an au Crédit Agricole (Menlo Park, Silicon Valley, Californie). Que fait-elle ensuite ? Elle profite de la vie, du moins on le lui souhaite. Si l’on en croit son CV, elle serait au sein (sans précision sur le poste) des panélistes IRI, puis TNS à partir de 1993. Elle serait directrice du développement commercial de Secodip de 2001 à 2002 pour Auchan, puis au comité de direction de TNS. Parallèlement à des postes de direction qui ne lui prennent pas tout son temps, à partir de 2001 elle est adjointe au maire d’Aubergenville, maire, députée, sénatrice, porte-parole du gouvernement. Jusqu’où s’arrêtera-t-elle ? A-t-elle enfin parfois travaillé plus de 35 heures ?
Un contexte politique miné
Le timing de cette déclaration ne doit rien au hasard. Alors que le gouvernement prépare un budget 2026 aux allures d’austérité, avec 43 milliards d’euros d’économies et la suppression de deux jours fériés, Sophie Primas semble tester le terrain pour une réforme encore plus clivante. Mais la porte-parole, membre des Républicains, marche sur des œufs : l’absence de majorité claire à l’Assemblée nationale rend toute réforme des 35 heures politiquement périlleuse. Elle appelle à un « dialogue élargi » avec les partis du centre et de la droite, mais les syndicats, déjà vent debout contre les mesures budgétaires, risquent de faire barrage.
Suppression des 35h:
la porte-parole du gouvernement @sophieprimas sur @LCI soutient l’idée «à titre personnel», parlant d’un «dogme» qui a «rétréci l’activité». pic.twitter.com/eKX47bY0bW
— Darius Rochebin (@DariusRochebin) July 18, 2025
Les 35 heures, totem intouchable ?
Instaurées sous le gouvernement Jospin par Martine Aubry, les 35 heures restent un symbole fort pour la gauche et les syndicats, qui y voient un rempart contre la précarisation du travail. Pourtant, leurs détracteurs, à l’image de Primas ou du député Renaissance Mathieu Lefèvre, les accusent d’avoir freiné l’activité économique et alourdi les finances publiques. Un rapport de l’OCDE nuance ce tableau : si la réforme a généré un léger gain d’emplois à court terme, son coût à long terme reste problématique. Ce constat mitigé alimente un débat où s’entrechoquent idéologie et pragmatisme, dans un climat social déjà tendu.
La macronie et son libéralisme décomplexé
Cette nouvelle charge contre les 35 heures n’est pas isolée. Gérald Darmanin, ministre de la Justice, avait déjà proposé en octobre 2024 de passer à 36 ou 37 heures dans la fonction publique, signe d’une volonté claire de déréguler le marché du travail. Ces prises de position, même si elles se drapent de précautions oratoires, trahissent une ligne économique ultralibérale au sein du gouvernement. Sophie Primas, en jouant la carte de l’opinion personnelle, tente de ménager les apparences tout en préparant l’opinion à un bouleversement majeur. Mais à quel prix pour la cohésion sociale ?
Un pari risqué pour 2026
En relançant ce débat, la macronie joue avec le feu. Les 35 heures, bien que critiquées, restent ancrées dans l’imaginaire collectif comme un acquis social. Toute tentative de réforme devra composer avec une opposition syndicale farouche et un paysage politique fracturé. Sophie Primas le sait : sans consensus, ce projet pourrait devenir un boulet pour le gouvernement, bien plus lourd que celui qu’elle dénonce. Alors que les Français scrutent avec méfiance les annonces budgétaires, cette offensive contre les 35 heures risque de raviver les tensions et de conforter l’image d’un exécutif déconnecté des réalités populaires.










