À peine le prêt à Kiev approuvé par l’UE, le président français Emmanuel Macron veut multiplier les emprunts. Dans la capitale grecque Athènes, il a appelé à étaler le remboursement de la dette commune contractée durant la crise sanitaire en 2020 et faire d’autres emprunts pour financer l’IA, la défense et le spatial. Ce serait, affirme-t-il, “idiot” de ne pas le faire.
En réponse à la pandémie de COVID de 2020, l’Union européenne a lancé son plan “NextGenerationEU”. Doté d’un montant total de 750 milliards d’euros, cet instrument a permis à la Commission européenne d’emprunter directement sur les marchés financiers au nom des 27, une pratique inédite destinée à financer une relance coordonnée via 360 milliards d’euros de prêts et 390 milliards d’euros de subventions.
Une première historique et peut-être, comme le considèrent ses opposants, le “péché originel”. Ce mécanisme, bien que temporaire, a ancré la notion de dette commune dans le paysage financier européen, créant un passif que l’UE doit désormais rembourser progressivement jusqu’à la fin de la décennie.
Deux emprunts massifs en 5 ans
Deux ans plus tard, la guerre en Ukraine débute. Le budget européen est sous une pression croissante. A la dette massive contractée durant la crise sanitaire viennent s’ajouter toutes ces dépenses liées à la crise énergétique, à la crise humanitaire comme l’accueil de réfugiés ainsi qu’aux aides ukrainiennes.
Mais jusque-là, les États-Unis sous Joe Biden contribuaient majoritairement au soutien financier de Kiev, et le retour de Donald Trump à la Maison Blanche en janvier 2025 a repositionné Bruxelles devant ses responsabilités, aussi bien militaires que financières. L’UE doit financer l’Ukraine quasiment seule et après des mois de négociations visant à exploiter les actifs gelés de la Russie, Bruxelles opte pour un autre emprunt massif afin de maintenir Kiev debout. Du moins pour les deux prochaines années.
De toute manière, le tabou a été brisé et pour les opposants à ces emprunts, cela pourrait vite se transformer en une boîte de Pandore. Ce soutien financier, bien moins conséquent que l’emprunt contracté durant la pandémie de COVID, présente des caractéristiques singulières. Le plan s’appuie déjà sur une garantie apportée par le budget de l’Union et une stratégie de “coopération renforcée” pour pallier l’absence d’unanimité parmi les États membres. En outre, les 27, ou les 24 dans ce cas-là faute du soutien de la Hongrie, de la Slovaquie et de la République tchèque, s’endettent pour prêter ces fonds, avec une logique de remboursement conditionnée à d’hypothétiques réparations que la Russie devrait verser à l’issue du conflit.
Pour le président français Emmanuel Macron, ce qu’il faut retenir de tout cela est que, le tabou est de nouveau brisé et malgré les pays qui diront “jamais de la vie”, il faut étaler le remboursement de la dette liée au COVID-19 et contracter en parallèles d’autres emprunts pour financer l’IA, la défense et le spatial. “On s’est endetté au moment du Covid. Aujourd’hui, on nous dit ‘il faut vite le rembourser’. C’est idiot. Étalons cette dette. Refaisons des ré-émissions parce que les gens veulent ce papier pour pas cher”, a-t-il plaidé.
Macron n’en veut plus
Pour le président français, “Les dépenses sont d’intérêt commun (…) on a peut-être un intérêt à émettre ensemble de la dette”, a-t-il fait valoir, citant “la défense, le spatial, l’intelligence artificielle”.
“Aujourd’hui, beaucoup vont vous dire ‘jamais de la vie'”, fait-il référence à l’Allemagne notamment, qui a rappelé que la dette commune européenne était réservée aux “situations exceptionnelles”. “Mais en vérité, soit ils décident de ne pas investir, [ce qui serait une] erreur stratégique énorme, soit ils décident d’augmenter leur contribution nationale et ils n’ont pas envie, soit on trouve des ressources nouvelles”.
“L’Europe doit être dans le jeu. On n’a pas envie de laisser à nos enfants une Europe qui serait complètement distancée sur le plan technologique, qui serait hors du jeu technologique ou de la défense”, a-t-il insisté.
“À la fin on va y arriver”, dixit le chef de l’État, qui estime qu’une dette commune “nous rendrait plus forts en tant qu’Europe” car l’UE “est aujourd’hui considérée comme un emprunteur sûr et fiable”.
Mais si l’UE est considérée comme un “emprunteur sûr et fiable”, c’est parce que sa solidité financière repose sur la garantie collective apportée par ses 27 États membres, dont la France fait figure de pilier. Mais si le moteur budgétaire français venait à s’enrayer sous le poids de sa dette nationale qui a fini par dépasser le seuil des 3 300 milliards d’euros durant les deux mandats d’Emmanuel Macron et que Paris voit ses participations se complexifier, ceci ne fragiliserait-il pas cette “fiabilité” européenne aux yeux des marchés ?










