
Le sourire qui a ému un pape
Quelques mois plus tôt, en novembre 2025, Jawad avait marqué les esprits. Vêtu de son uniforme de scout, drapeau libanais au bras, il avait accueilli le pape Léon XIV dans les rues de Beyrouth avec une énergie communicative. « Le meilleur pape du monde… je respecte toutes les religions », avait-il lancé, spontané, devant les caméras. Les images de cet enfant rayonnant, symbole d’une coexistence fragile dans un pays déchiré par les divisions confessionnelles, avaient fait le tour des réseaux sociaux. Le souverain pontife, touché, avait gardé sur lui une photo de Jawad, « celui qui [l’avait] accueilli avec tant de ferveur ».
Après avoir passé quatre jours sous les décombres, Jawad Ali Ahmad qui avait accueilli le pape Léon XIV en novembre 2025 a été déclaré mort.
Cet enfant a été tué lors du « mercredi noir ». Il a été tué par l’armée israélienne au Liban.
En novembre 2025, lors de la réception du… pic.twitter.com/dzUhbQGQrv
— InfoSudLiban (@InfoSudLiban) April 11, 2026
De l’espoir à la fosse commune
Aujourd’hui, cette photo est devenue un reliquat macabre. Jawad, l’enfant qui incarnait l’espoir d’un Liban pluriel, repose sous terre, victime d’une guerre qui n’épargne ni les églises ni les mosquées, ni les scouts ni les écoles. Son histoire résume le cauchemar libanais : un pays pris en étau entre Israël et le Hezbollah, où les civils paient le prix fort d’un conflit qui les dépasse. Chaque bombe israélienne, présentée comme une « frappe chirurgicale », ajoute des noms à la liste des morts. Celui de Jawad y figure désormais, entre ceux d’un vieux couple de Tyr et d’une famille entière de Baalbek.
Le pape Léon XIV rend hommage à l’enfant tué par l’armée israélienne :
« Je porte avec moi une photo d’un enfant musulman qui, lors de ma visite au Liban, attendait là avec une pancarte disant « Bienvenue au pape Léon ». Il a été tué lors de cette phase finale de la guerre. » https://t.co/ZUh1s1CoBg pic.twitter.com/rQy59iRYyU
— InfoSudLiban (@InfoSudLiban) April 24, 2026
La logique implacable des « dommages collatéraux »
Pour l’État hébreu, ces victimes sont des « dommages collatéraux », une expression aseptisée qui masquerait presque l’horreur : des corps déchiquetés, des vies brisées, des familles détruites. À Beyrouth, on enterre ses enfants. À Tel-Aviv, on justifie les frappes par la « lutte contre le terrorisme ». Personne ne demande leur avis aux 357 morts du 8 avril. Personne, surtout, ne rendra à Jawad ses neuf ans, son uniforme de scout, ou son sourire pour le pape.










