Pendant que les procès et les critiques s’accumulent, le géant allemand Bayer, propriétaire de Monsanto depuis 2018, continue d’engranger des milliards grâce aux semences agricoles et aux pesticides.
L’acquisition de Monsanto devait faire de Bayer le leader mondial incontesté de l’agrochimie. Elle lui a aussi légué un boulet judiciaire colossal. Depuis plusieurs années, des dizaines de milliers de plaintes visent le Roundup, herbicide à base de glyphosate accusé d’être cancérigène. Aux États-Unis, l’entreprise a déjà déboursé des milliards de dollars pour régler ses litiges.
Mais pendant que les tribunaux s’agitent, les ventes tiennent bon. Selon le rapport annuel 2025 du groupe, la division Crop Science a généré plus de 21 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Les semences de maïs représentent à elles seules plus de 7 milliards d’euros, en hausse de 13,2 % sur un an. Les produits à base de glyphosate, eux, restent stables malgré les controverses.
Bayer perd de l’argent à cause des procès, mais continue de gagner énormément grâce au modèle agricole qui les alimente. Les pertes nettes du groupe ont encore atteint 3,6 milliards d’euros en 2025, essentiellement à cause des charges judiciaires liées au Roundup, mais il faut croire que le jeu en vaut la chandelle… Une résilience économique qui s’explique par une dépendance profonde de l’agriculture industrielle aux semences brevetées et aux herbicides. Aux États-Unis, une immense majorité des cultures de soja et de maïs sont conçues pour résister au glyphosate. Comme le rapporte Reporterre, le système fonctionne comme un engrenage : Bayer vend à la fois les graines modifiées et les produits chimiques qui vont avec. Un modèle intégré extrêmement lucratif.
Même la menace d’un arrêt du Roundup ressemble davantage à un levier politique qu’à une réelle sortie du marché. En 2025, le groupe a averti qu’il pourrait cesser certaines ventes aux États-Unis si les protections juridiques n’étaient pas renforcées. Une manière de faire pression sur les autorités et de rappeler le poids économique du glyphosate dans l’agriculture mondiale.
Pendant ce temps, les scientifiques s’écharpent : certaines agences sanitaires considèrent le glyphosate comme utilisable dans des conditions normales, tandis que d’autres travaux soulignent des risques potentiels pour la santé ou l’environnement. Fin 2025, une ancienne étude favorable au Roundup a été retirée pour soupçons de conflits d’intérêts liés à Monsanto. Pour l’heure, les semences restent un marché captif et les agriculteurs dépendent de rendements élevés. Surtout, les alternatives peinent encore à s’imposer à grande échelle, même si certaines recherches sur l’agroforesterie ou la réduction des intrants chimiques gagnent du terrain.










