Pour la première fois depuis 2021, le chômage dépasse de nouveau les 8 % en France. Selon les chiffres publiés par l’Insee le 13 mai, le taux atteint désormais 8,1 % de la population active au premier trimestre 2026. Cela représente 2,6 millions de personnes sans emploi, au sens du Bureau international du travail.
Pendant plusieurs années, le gouvernement avait vendu l’idée d’un marché du travail enfin réconcilié avec le plein-emploi. Emmanuel Macron visait même un taux de chômage à 5 % d’ici à la fin de son second mandat. Comme d’autres promesses, ce ne sera pas tenu. La hausse est continue depuis fin 2024 et le retournement du marché de l’emploi devient difficile à masquer.
Entre 2017 et 2023, la France avait progressivement fait reculer le chômage grâce à une croissance encore solide, aux réformes du marché du travail et à l’explosion de l’apprentissage. En 2024, le taux tournait encore autour de 7,4 %, soit son niveau le plus bas depuis 2008. Mais depuis, l’économie cale. Les entreprises recrutent moins. Les faillites augmentent. Les secteurs industriels souffrent de la concurrence asiatique, tandis que les tensions géopolitiques mondiales fragilisent l’activité. Le retour de Donald Trump à la Maison Blanche et les conflits au Moyen-Orient alimentent également les inquiétudes économiques, notamment avec la flambée des prix de l’énergie et le ralentissement du commerce mondial.
Il y a aussi, bien sûr, l’essor de l’intelligence artificielle dans les entreprises, qui se fait au dépend de l’emploi des jeunes. Chez les 15-24 ans, le chômage dépasse encore 21 %. Beaucoup peinent à entrer durablement sur le marché du travail, même après de longues études, des contrats d’apprentissage ou des missions précaires.
Malgré tout, il faut considérer qu’une partie de la hausse vient aussi des nouvelles règles administratives liées à la réforme du plein-emploi. Depuis janvier 2025, les bénéficiaires du RSA et certains jeunes suivis par France Travail sont automatiquement inscrits comme demandeurs d’emploi. Selon l’Insee, cette modification explique près de la moitié de la hausse récente du chômage. Autrement dit, le thermomètre a changé avant même que la fièvre monte.
A l’inverse, certains rappellent que les statistiques du chômage ne comptabilisent pas tous ceux qui survivent grâce à des missions courtes, à l’autoentrepreneuriat forcé ou aux plateformes de livraison. Dans l’absolu, le taux d’emploi reste historiquement élevé, notamment chez les seniors et les femmes, mais le sentiment d’insécurité économique progresse. Le chômage est une donnée économique, mais aussi un indicateur psychologique. Quand il augmente, les ménages consomment moins, les entreprises investissent moins, et la peur du déclassement revient occuper le débat public.










