
Dans les Pyrénées-Orientales, l’affaire du parc de loisirs Tyrovol à Porté-Puymorens a enflammé les débats nationaux. Accusé d’avoir refusé l’accès à un groupe d’enfants israéliens pour des motifs discriminatoires, le gérant Floran Schaack sort enfin du silence. Retour sur un dossier qui a mobilisé le CRIF, le gouvernement, les médias mainstream et l’opinion publique, tout en générant des menaces inquiétantes contre la petite commune.
Les origines d’une polémique nationale
Tout commence le 21 août 2025, lorsqu’un groupe d’environ 120 enfants israéliens, âgés de 8 à 16 ans et en colonie de vacances en Espagne voisine, se voit annuler sa réservation au parc Tyrovol. Ce site d’accrobranche et de tyroliennes, niché dans les montagnes de Porté-Puymorens, est connu pour ses parcours aériens sécurisés. Mais ce jour-là, l’activité ne se déroule pas comme prévu. Les organisateurs du groupe affirment initialement un refus motivé par des « convictions personnelles » du gérant, déclenchant une vague d’indignation pour antisémitisme présumé. Rapidement, l’affaire prend une ampleur nationale, avec des réactions politiques virulentes et des comparaisons à l’affaire Vueling, où des enfants juifs avaient été débarqués d’un vol pour des actes allant de menaces verbales à la manipulation des masques à oxygène.
Le parquet de Perpignan ouvre une enquête pour discrimination fondée sur l’origine, l’ethnie ou la nationalité. Floran Schaack, 52 ans, est placé en garde à vue pendant 48 heures, avant d’être mis en examen mais laissé libre sans contrôle judiciaire. Notons que les qualifications d’antisémitisme et de discrimination religieuse n’ont pas été retenues par la justice, qui se concentre désormais sur un possible volet lié à la nationalité.
La défense du gérant : Sécurité avant tout
Dans un communiqué publié le 25 août, Floran Schaack, fort de vingt ans d’expérience sans incident similaire, livre sa version des faits. Selon lui, l’annulation n’a rien à voir avec l’origine des visiteurs. Le parc avait fermé l’après-midi du 20 août en raison de pluies torrentielles, et les intempéries ont persisté toute la nuit, rendant le site impraticable pour un groupe aussi important dès le lendemain matin. Ajoutez à cela une barrière linguistique : transmettre les consignes de sécurité à 120 enfants non francophones représentait un risque majeur, incompatible avec les normes strictes du parc.

L’organisateur a été averti à temps, évitant tout déplacement inutile. Les enfants n’ont jamais mis les pieds sur place, et la prestation a été remboursée intégralement la veille. « C’était une décision purement technique, guidée par le principe de précaution », insiste le gérant, qui rappelle que son établissement affiche l’un des plus bas taux d’accidents en France grâce à ces exigences. Il dénonce les citations médiatiques évoquant des « convictions personnelles » comme déformées, affirmant qu’elles visaient uniquement l’évaluation des risques sécuritaires.
Le CRIF et le gouvernement montent au créneau
De l’autre côté, le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) voit rouge. Son président, Yonathan Arfi, condamne un « acte de haine violente envers Israël », utilisant un conflit lointain comme prétexte pour discriminer des enfants. Le gouvernement, par la voix du ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau, qualifie l’incident de « grave » dans un contexte d’explosion des actes antisémites depuis octobre 2023. Des figures politiques comme Emmanuel Macron ont été interpellées, et l’Observatoire juif de France s’est constitué partie civile.
« Pas notre conception de la République » : après l’exclusion de jeunes israéliens d’un parc de loisir, Bruno Retailleau dénonce un acte « grave » https://t.co/ghQAR91wQi
— Midi Libre (@Midilibre) August 22, 2025
Pourtant, des voix s’élèvent pour pointer une diffamation orchestrée. Schaack, entrepreneur local, se dit persécuté : son nom et son visage ont été jetés en pâture, entraînant des insultes et des menaces de mort contre lui, son parc et même la mairie de Porté-Puymorens. Sur les réseaux sociaux, des internautes comparent cela à une chasse aux sorcières, rappelant que les enfants n’ont subi aucun refus direct.
Menaces et répercussions locales
L’affaire n’est pas restée confinée aux débats en ligne. La petite commune de Porté-Puymorens, habituée au calme des montagnes, a reçu des messages haineux, y compris des menaces physiques. Le maire exprime son choc, soulignant que de tels actes ne reflètent pas les valeurs locales. Quant au parc, il coopère pleinement avec la justice pour établir les faits objectivement, tout en maintenant sa priorité : la sécurité des visiteurs.
Vers une résolution judiciaire équilibrée ?
Alors que l’enquête suit son cours, Floran Schaack appelle au calme et à la vérité. « Nous accueillons des centaines d’enfants chaque saison, sans distinction », martèle-t-il. Cette affaire interroge : dans un climat tendu par le conflit israélo-palestinien, les accusations hâtives ne risquent-elles pas de nuire à des innocents ? Le gérant, perçu par certains comme un bouc émissaire, pourrait bien émerger comme la victime d’une machine médiatique et associative surchauffée.
Pour l’heure, Tyrovol reste ouvert, mais l’ombre de la polémique plane. Une leçon pour tous : avant de crier au loup, vérifions les faits. Qu’en pensez-vous ?










