Antoine Vey n’est plus seulement l’ancien associé d’Éric Dupond-Moretti. Depuis le 9 juillet, le pénaliste de 42 ans, celui qui a plaidé pour Cahuzac, se retrouve mis en examen pour harcèlement moral au travail et abus de confiance par huit anciens collaborateurs, et deux salariés. Des faits situés entre 2016 et 2022. Le parquet de Paris a confirmé, lui, nie, bien sûr.
Les juges parlent d’un management inconstant, d’une organisation changeante, d’injonctions contradictoires, de propos vexatoires ou humiliants, d’une disponibilité exigée en continu, de hurlements, de notes sur 20, de cartons rouges brandis comme des sanctions, de sollicitations sept jours sur sept… Une ancienne collaboratrice évoque des propos sexistes, un geste sur la cuisse. Pour le harcèlement sexuel, il n’est actuellement que témoin assisté. Le Parisien a été le premier à révéler les détails de cette mise en examen, examen confirmé par le parquet.
On pourrait croire à une simple histoire de cabinet parisien sous tension. Mais le parallèle avec son ancien mentor s’impose, presque tout seul. Dupond-Moretti, l’avocat aux 150 acquittements, était lui déjà connu pour un style un peu combatif, parfois excessif, avant de devenir “ministre des contradictions”. Celui-là même qui, une fois place Vendôme, s’est retrouvé accusé de régler des comptes avec les magistrats qu’il avait affrontés en robe. Relaxé devant la CJR, tout de même. Le portrait d’un homme prompt à l’affrontement, peu enclin à la nuance, a collé. Donc Vey a grandi dans cette école. Associé en 2016, héritier du cabinet après le départ de l’ex-garde des Sceaux, il s’est trouvé à reprendre une machine de guerre, exigeante. Trop exigeante, selon ceux qui en sont sortis meurtris.
Les plaignants décrivent une pression permanente, un climat où l’erreur se payait en humiliation publique, Vey s’en défend, parlant lui de pédagogie. Les cartons rouges, c’était pour rappeler que “une faute pouvait avoir des conséquences graves pour le justiciable”. L’argument ne convainc pas tout le monde, le conseil de l’ordre du barreau de Paris l’avait déjà suspendu pour manquements déontologiques, et lui avait fini par renoncer à son appel.
Libération avait, le premier, recueilli une vingtaine de témoignages en 2023, et continue de suivre le dossier de près, lui porte plainte en retour pour dénonciation calomnieuse. Un classique, même si les indices retenus par les juges d’instruction après cinq jours d’interrogatoire sont jugés graves et concordants : abus de confiance, temps de travail de salariés utilisé à des fins personnelles…
Dans le monde feutré des pénalistes stars, ces affaires finissent par coller. Vey n’est pas Moretti, il n’a jamais été ministre, il a appris à ses côtés. Aujourd’hui, c’est lui qui doit expliquer pourquoi tant de jeunes avocats, devenus depuis des pénalistes confirmés, décrivent les mêmes scènes de tension, de rabaissement, de disponibilité totale.
L’instruction continue. La présomption d’innocence aussi.










