
Des habitants lui ont déjà trouvé un nom plus fidèle au résultat : « la plus grande poêle à frire d’Europe ». Une réalisation parfaitement située puisque les institutions voisines passent une bonne partie de l’année à expliquer aux citoyens comment limiter leur consommation, leurs déplacements et leur température intérieure.
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Une agora verte réduite à une dalle grise
Le projet avait été lancé en 2015 par Pascal Smet, alors ministre bruxellois de la Mobilité. Un concours international avait retenu en 2017 la proposition d’un groupement belgo-danois. Sa pièce centrale devait être une grande structure circulaire en acier, inspirée de l’hémicycle du Parlement européen, avec une toiture végétalisée apportant de l’ombre et un abri contre la pluie.
Cette structure n’a jamais été construite. Son coût estimé est passé de 5 à 13 millions d’euros, poussant le nouveau gouvernement bruxellois à l’abandonner en 2026. Le chantier global avait pourtant été annoncé à 25 millions d’euros en 2023, dont 17,4 millions provenant du fonds européen de relance post-Covid.
Le contribuable aura donc financé la transformation d’un rond-point encombré en plaque chauffante piétonne. C’est plus moderne, et surtout plus conforme à cette écologie administrative qui préfère réglementer les chaudières des particuliers plutôt que prévoir trois mètres carrés d’ombre devant ses bureaux.
Le climat attendra la prochaine rallonge budgétaire
La région bruxelloise avance plusieurs explications. La place repose sur un tunnel routier, une gare, une station de métro ainsi que des conduites de gaz et d’eau. Planter de grands arbres y serait donc compliqué. Les impératifs de sécurité autour du Conseil européen et l’organisation régulière de manifestations réduisent également les possibilités d’aménagement.
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À cela s’est ajoutée une paralysie politique de 613 jours après les élections régionales de juin 2024. Le gouvernement chargé des affaires courantes ne pouvait pas débloquer les sommes supplémentaires réclamées pour la toiture. Il devait néanmoins terminer une partie des travaux afin de ne pas perdre les financements européens.
Pascal Smet ne cache pas son amertume : « La place Schuman est la carte de visite de Bruxelles. Elle est le symbole de l’Europe. Cela devrait être un lieu de rencontre. » L’architecte Francis De Wolf parle, lui, d’un endroit devenu « inhabitable ».
Les autorités promettent désormais une solution « aussi verte que possible », potentiellement accompagnée de jeux d’eau. Les nouveaux plans devraient être présentés avant la fin de l’année, avec une livraison espérée pour l’été 2028. Plus de 2 100 personnes réclament déjà le retour de la toiture végétalisée.
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En attendant, la place Schuman offre une représentation assez honnête de la politique climatique européenne : beaucoup de plans, beaucoup d’argent public, quelques slogans verts et, à l’arrivée, du béton brûlant.










