
La souveraineté numérique européenne suit ainsi son calendrier habituel : acheter américain, s’inquiéter ensuite, puis annoncer une réflexion stratégique.
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Selon une enquête publiée par Euractiv, la Commission a confirmé qu’elle examinait des solutions de remplacement européennes. Cette réorientation intervient après les inquiétudes exprimées en interne sur la confidentialité et la protection des informations confiées au futur dispositif.
Une IA américaine pour choisir les fonctionnaires européens
Le projet devait permettre aux services européens de gérer un nombre croissant de candidatures. L’outil aurait notamment servi à présélectionner et à classer les postulants, en s’appuyant sur un modèle conçu par Anthropic, entreprise américaine à l’origine de l’intelligence artificielle Claude.
Autrement dit, l’Union européenne envisageait de confier une partie de la sélection de ses futurs agents à une technologie placée sous juridiction américaine. Une manière particulièrement moderne de bâtir l’autonomie stratégique : laisser les alliés fournir la stratégie, l’autonomie et le serveur.
La Commission affirme toutefois que l’outil n’aurait pas pris seul les décisions finales. Les recruteurs seraient restés responsables du choix des candidats. L’algorithme aurait simplement préparé le terrain en analysant et en hiérarchisant les dossiers, ce qui constitue déjà une étape déterminante lorsqu’il faut départager des milliers de personnes.
Les données des candidats au milieu de la relation transatlantique
Les candidatures contiennent des renseignements qui dépassent largement un simple nom : parcours professionnel, diplômes, coordonnées, compétences, expériences et parfois informations personnelles plus détaillées. Leur traitement par une technologie dépendant d’une entreprise américaine pose donc une question concrète de contrôle.
Même lorsque les serveurs sont installés en Europe, les entreprises américaines peuvent rester soumises à des lois extraterritoriales, notamment au Cloud Act. La localisation géographique des données ne suffit donc pas toujours à garantir leur indépendance juridique.
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Voilà plusieurs années que Bruxelles vante une Europe capable de protéger ses citoyens contre la domination des grandes plateformes. Dans la pratique, les administrations européennes restent pourtant fortement dépendantes des logiciels, infrastructures et services américains.
L’Union européenne dépenserait chaque année environ 264 milliards d’euros dans des logiciels et services numériques majoritairement américains, selon une estimation reprise lors des discussions sur la souveraineté technologique. Pour corriger cette dépendance, la Commission promet désormais de favoriser davantage le logiciel libre et les prestataires européens dans les marchés publics.
Une marche arrière encore très théorique
Pour l’instant, la Commission n’a pas annoncé l’abandon définitif de la technologie américaine. Elle évalue des solutions européennes, sans préciser lesquelles seront retenues ni à quelle date le nouvel outil entrera en service.
Le changement de cap reste donc au stade de l’étude. Bruxelles pourrait choisir une IA européenne, un hébergeur européen ou un montage associant plusieurs fournisseurs. Elle pourrait également conserver une partie de l’architecture initiale après avoir ajouté suffisamment de garanties, d’audits et de formulaires pour lui attribuer un certificat de souveraineté.
L’épisode résume parfaitement la politique numérique de l’Union : produire des règlements pour encadrer les technologies américaines, tout en continuant à les acheter faute d’avoir soutenu sérieusement des solutions concurrentes.
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La Commission voulait une machine capable de reconnaître les meilleurs profils européens. Elle commence peut-être par apprendre à reconnaître une entreprise américaine.










