
Avocat millionnaire, novice en politique et détenteur des nationalités colombienne et américaine, Abelardo de la Espriella succède à Gustavo Petro pour un mandat de quatre ans. Son arrivée marque un virage brutal : arrêt des négociations avec les groupes armés, réduction massive des dépenses publiques, retour des pulvérisations aériennes contre les cultures de coca et soutien appuyé aux secteurs pétrolier et gazier.
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Un milliard encore soumis au Congrès américain
Dans son communiqué publié le jour de l’investiture, le département d’État américain parle d’une « nouvelle ère » entre les deux pays. Il précise toutefois que cette enveloppe d’un milliard de dollars doit être élaborée avec le Congrès. Il s’agit donc, à ce stade, d’une promesse politique et non d’un chèque déjà signé.
L’objectif affiché consiste à atteindre des « buts communs » en matière de sécurité. Une formule assez large pour faire tenir ensemble la lutte contre les cartels, le contrôle des frontières, la coopération militaire et les intérêts économiques américains. La délégation envoyée à Cali était d’ailleurs conduite par Todd Blanche, procureur général par intérim des États-Unis.
De la Espriella a promis de combattre « sans répit » le narcotrafic et de rejoindre le « Bouclier des Amériques », coalition régionale voulue par Donald Trump. Après des années de tensions avec Gustavo Petro, Washington récupère ainsi un allié qui parle sa langue, au sens diplomatique comme au sens littéral.
La guerre contre la drogue reprend du service
Le nouveau président veut notamment rétablir les épandages aériens d’herbicides sur les plantations de coca. Cette recette a déjà été abondamment utilisée sous le Plan Colombie, lancé avec les États-Unis au tournant des années 2000. Des milliards de dollars, des opérations militaires et des campagnes de pulvérisation plus tard, la cocaïne n’a pourtant pas disparu du marché nord-américain.
Le discours présidentiel a été prononcé au sein du bataillon Pichincha, à Cali. Le décor annonçait la couleur. De la Espriella considère que le temps des pourparlers avec les organisations armées est « complètement épuisé ». La priorité revient désormais à l’armée, aux prisons et aux opérations contre ceux que le pouvoir regroupe sous l’étiquette de « narcoterroristes ».
Profanation insupportable. Comment peut-on reprendre le cri de ralliement des Cristeros et soutenir le génocide des Palestiniens ?. https://t.co/0upiQ4pDbT
— Edouard Husson (@edouardhusson) August 8, 2026
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Pétrole colombien et capitaux américains
Le changement ne concerne pas seulement la sécurité. De la Espriella veut rouvrir l’exploration pétrolière et gazière, autoriser la fracturation hydraulique et remettre l’entreprise publique Ecopetrol au centre de sa politique énergétique.
Cette orientation offre de nouvelles perspectives aux investisseurs étrangers, notamment américains. Le groupe de réflexion Atlantic Council évoque déjà des voies plus simples pour faire entrer les capitaux et technologies des États-Unis dans l’énergie, les infrastructures et les chaînes d’approvisionnement colombiennes. Le milliard sécuritaire arrive donc avec un environnement économique particulièrement accueillant.
🇨🇴🇮🇱 SOUVERAINETÉ — « Vive la Colombie et vive Israël » : c’est ainsi qu’un rabbin a conclu sa prière à l’investiture du nouveau président colombien Abelardo de la Espriella, vendredi à Cali — comme si les deux pays ne faisaient plus qu’un.
Un symbole qui interroge, la Colombie… pic.twitter.com/MfNmhUxsdo
— The NEWS (@thenews_fr) August 8, 2026
Retour vers Israël, avec Jérusalem en ligne de mire
Le virage passe aussi par Israël. Gustavo Petro avait rompu les relations diplomatiques en mai 2024 pour dénoncer les massacres commis à Gaza. Son successeur a promis de les rétablir et envisage de transférer l’ambassade colombienne à Jérusalem. Il a rencontré le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, en marge de son investiture.
Ce rapprochement pourrait réactiver une ancienne coopération sécuritaire : armement, renseignement, formation et entretien d’équipements militaires. La Colombie de De la Espriella se replace ainsi dans un axe Washington-Tel-Aviv particulièrement lisible. Les électeurs colombiens ont choisi un président ; les partenaires stratégiques, eux, semblent avoir déjà choisi le programme.
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