
D’après des informations confirmées par le ministère espagnol de la Défense et rapportées par El País, Madrid réoriente son budget militaire dans le cadre d’un ambitieux plan industriel de 10,5 milliards d’euros, dont 85 % seront investis dans des programmes européens. Parmi eux, le SCAF (Système de combat aérien du futur), projet franco-germano-espagnol destiné à remplacer les avions de chasse actuels à l’horizon 2040, occupe une place centrale.
Cette nouvelle stratégie oblige la Marine espagnole, qui comptait sur le F-35 pour succéder à ses AV-8B Harrier, et l’Armée de l’air, en quête d’un remplaçant au F/A-18 Hornet, à revoir leurs plans. Le Rafale F5 de Dassault Aviation, déjà certifié par l’OTAN, figure désormais parmi les options privilégiées.
Des tensions croissantes avec les États-Unis
Cette volte-face intervient dans un contexte diplomatique tendu. L’Espagne a récemment refusé de s’aligner sur l’objectif fixé par l’OTAN d’atteindre 5 % du PIB en dépenses militaires d’ici 2035, préférant maintenir un plafond à 2 %. Une position qui a suscité l’ire du président américain, lequel a publiquement qualifié ce refus de « terrible » et menacé de durcir les conditions d’un futur accord commercial bilatéral. Lors du sommet de l’OTAN à La Haye (25 juin 2025), Trump a affirmé :
« C’est le seul pays qui refuse d’atteindre les 5 % du PIB en matière de dépenses de sécurité en 2035. Je trouve ça terrible. Vous savez, on va négocier un accord commercial avec l’Espagne. On va leur faire payer le double. »
L’exemple de l’Inde et la quête de souveraineté
En renonçant au F-35, Madrid suit l’exemple de l’Inde, qui a également décliné cette offre, privilégiant la préservation de sa souveraineté en matière de défense. Pour l’Espagne, il s’agit d’un signal fort : réduire sa dépendance technologique et industrielle vis-à-vis de Washington tout en renforçant la coopération militaire européenne.
Ce choix stratégique, assumé malgré les risques de tensions avec certains alliés, confirme la volonté de l’Espagne de miser sur l’autonomie stratégique européenne. Un pari audacieux dans un paysage géopolitique marqué par les rivalités industrielles et les pressions diplomatiques.










