
Une bombe éditoriale aux relents de soufre
Dans le brouhaha médiatique, un pamphlet fend le bruit comme un couperet. Néron à l’Élysée, publié le 7 janvier chez Albin Michel par Nicolas Domenach et Maurice Szafran, ne se contente pas d’une charge polémique. Il ausculte, avec une froideur clinique, la psyché d’Emmanuel Macron. Relayé avec un enthousiasme fébrile par Rémy du Juste Milieu, l’ouvrage établit un parallèle glaçant entre le président et l’empereur Néron, archétype du tyran narcissique et destructeur. Cette critique pour le moins radicale trouve un écho terriblement actuel dans un texte oublié (caché par les best-sellers que sont Les Misérables et Notre-Dame de Paris) de Victor Hugo. Il s’agit de Histoire d’un crime, qui dépeignait déjà l’Élysée du Second Empire comme le laboratoire de l’« amoindrissement de la France ». L’Histoire, décidément, connaîtrait-elle des recommencements, disons même des récidives, car il s’agit de crime ?
Le diagnostic accablant des repentis
La vidéo de Rémy présente ce « bouquin politique » comme un bréviaire de révélations. Ses auteurs, Domenach (ex-RTL) et Szafran (ex-Challenges), ne sont pas des trublions marginaux. Ce sont d’anciens macronistes convaincus, des « dinosaures » du journalisme qui confessent avoir participé à forger le mythe, avant d’assister, impuissants, aux dérives de leur « créature de Frankenstein ». Leur enquête se focalise sur l’état mental du chef de l’État, dépeint en pervers narcissique aux tendances dépressives. S’appuyant sur les travaux du psychiatre Paul-Claude Racamier, ils listent les symptômes : absence d’empathie, exploitation d’autrui, délire de toute-puissance. « Tout lui appartient. Tout doit se soumettre et plier », écrivent-ils. Des témoignages accréditent ce portrait : l’ancien mentor Alain Minc évoque un « narcissisme pathologique » ; l’entourage concède que « Macron avait perdu l’esprit », pointant la dissolution de 2024 comme un suicide politique. Jacques Chirac avait commis la même erreur pourtant, mais personne n’avait mis en doute sa santé mentale. Il faut donc ajouter au passif psychologique de Macron sa « non-campagne » de 2022 et ses illusions de « président de l’Europe » en Ukraine. Elles achèvent de camper le portrait d’un homme déconnecté, à l’instar de Néron jouant de la lyre pendant l’incendie de Rome, qu’il aurait provoqué afin d’y construire un nouveau palais.
L’éternelle farce tragique de l’Élysée
Cette psychopathologie du pouvoir fait écho, mot pour mot, à la dénonciation virulente de Victor Hugo contre l’Élysée de Napoléon III. Dans Histoire d’un crime, l’écrivain exilé forge une prose de feu contre ce « coin inquiétant et noir » où se construisait « l’amoindrissement de la France ». Il y décrit un lieu de corruption absolue, peuplé d’hommes publics « prostitués », où le grotesque le dispute au tragique. L’Élysée y « inventai[t] la crinoline et l’opérette » tout en conspuant la grandeur humaine. Le parallèle avec la dénonciation actuelle est saisissant. Domenach et Szafran fustigent eux aussi une « cour funeste et vulgaire », dominée par le « masculinisme » et les courtisans. Comme Hugo raillait un pouvoir qui mettait « le fard sur le sein des femmes » et la « rougeur sur la face des hommes », le livre accuse Macron de traiter le peuple de « billes » tout en cultivant un verbe creux. Les deux époques se rejoignent dans la même description d’un palais devenu « antre du règne », où la bassesse est érigée en système, où la vertu a déserté les lieux.
L’opération de recyclage des fossoyeurs
La vidéo de Rémy, toutefois, ne verse pas dans la naïveté. Elle décode le sous-texte de l’opération : ce livre est aussi un « lavage de mains » spectaculaire. En lâchant leur monstre, les deux journalistes, qui font partie du sérail, tentent de recouvrer une crédibilité perdue, préparant le terrain médiatique pour la prochaine escroquerie électorale de 2027. Même l’étrange portrait de Brigitte Macron, comparée à Marie-Antoinette, trahirait un « syndrome de Stockholm » résiduel. La question fondamentale demeure, pourtant, lancinante : si le diagnostic est si sévère – « taré », dépressif, narcissique pathologique –, que fait-on d’un tel homme au pouvoir ? Hugo avait condamné l’Histoire à « savoir que l’Élysée exista ». Ce livre constate qu’il existe toujours, plus sinistre et ridicule que jamais. Une leçon à méditer, avant que la farce ne tourne définitivement au drame.











