
Le récit qui dérangeait
En 2022, après quarante ans de silence, Darmon avait enfin parlé. Devant la juge d’instruction, il avait décrit une scène glaçante : fin 1979, dans un bar louche, des membres du SAC – dont Pierre Debizet, patron historique de l’officine, et le gangster Jean-Pierre Maione-Libaude – évoquaient la « gestion » du ministre Boulin. « Il a fait un arrêt cardiaque… dans la panique, on l’a balancé dans un étang. » L’ordre venait « du patron », c’est-à-dire Charles Pasqua, alors proche de Jacques Chirac. Objectif : étouffer des dossiers explosifs (scandales immobiliers, Françafrique, pressions politiques).
Ce témoignage, repris dans le documentaire Affaire Boulin : la piste Chirac (Off Investigation), avait relancé une instruction sur le point d’être classée sans suite. Mais Darmon, auditionné en 2023, n’aura pas vécu assez longtemps pour voir la vérité éclater.
🔴🇫🇷INFO – Elio #Darmon, 78 ans, témoin clé dans l’affaire de la mort de l’ex-ministre Robert #Boulin en 1979, qui a récemment témoigné dans un excellent reportage de Off investigation, a été retrouvé mort à son domicile de #Brandérion, rapporte Le Télégramme. Une enquête est… pic.twitter.com/btaqQBzycQ
— Brèves de presse (@Brevesdepresse) April 3, 2026
Un passé qui rattrape… ou qui élimine ?
Darmon n’était pas un enfant de chœur. Ancien du SAC, il côtoyait barbouzes et truands, ces soldats de l’ombre du gaullisme. En août 2025, trois coups de feu avaient déjà visé son domicile. « Je n’ai pas d’ennemis », avait-il ironisé. Le 1er avril 2026, on l’a retrouvé mort dans son lit. Le parquet de Lorient ouvre une enquête pour « rechercher les causes du décès » – une formule qui, en langage judiciaire, signifie souvent : « On ne sait rien, on ne veut rien savoir. »
Aucune piste n’est officiellement écartée, mais personne ne parle d’homicide. Pourtant, les « coïncidences » s’accumulent : Darmon meurt alors que l’affaire Boulin semblait à nouveau s’endormir.
Boulin, Darmon : même combat ?
Le 30 octobre 1979, Robert Boulin était retrouvé noyé dans un étang de Rambouillet, barbituriques et alcool dans le sang. Suicide, avait conclu l’enquête, malgré les hématomes inexpliqués, les lettres posthumes suspectes, et un corps visiblement déplacé. Sa famille n’a jamais cru à cette version. Les bocaux contenant les poumons ont été volés, ce qui ne permet plus de vérifier s’ils contenaient de l’eau, et donc s’il y a bien eu noyade. Pendant des décennies, on a évoqué une vengeance politique, un chantage, ou l’implication des réseaux gaullistes hostiles à Boulin – un homme qui savait trop sur les combines de l’époque.
Le témoignage de Darmon, en 2022, avait redonné un semblant d’espoir. Aujourd’hui, son silence définitif pose une question glaçante : et si la vérité était tout simplement ingérable ?
La protection des témoins : une blague française
Le parquet n’a toujours pas communiqué sur les circonstances de la mort de Darmon. Autopsie ? Toxicologie ? Mystère. Son avocate, Me Najwa El Haïté, s’est contentée de confirmer le décès. « On ne touche pas aux témoins », clament les textes. Dans les faits, la République a une drôle de façon de les protéger : elle les laisse mourir.
À 78 ans, Darmon avait choisi de parler au crépuscule de sa vie. Son dernier souffle laisse un vide dans un dossier qui, après 47 ans, continue de pourrir les consciences. L’enquête sur sa mort, comme celle sur Boulin, reste « ouverte ». Autrement dit : on attendra que tout le monde soit mort pour classer l’affaire.










