Une décennie d’expérimentation menée par l’Inrae démontre que les grandes cultures peuvent se passer totalement de produits phytosanitaires. Les résultats, publiés en avril 2026, renversent les certitudes sur la dépendance aux pesticides.
Depuis 2013, neuf parcelles expérimentales dispersées à travers la France ont servi de terrain d’essai pour un pari audacieux : cultiver blé, colza, betterave et pomme de terre sans aucune dose d’herbicide, fongicide ou insecticide. Dirigée par Jean-Noël Aubertot, chercheur à l’Inrae, cette étude de dix ans vient de livrer ses conclusions, et elles sont sans appel.
« On a été étonnés », confie le directeur de recherche. Les rendements obtenus, bien que généralement inférieurs aux systèmes conventionnels protégés chimiquement, atteignent parfois des niveaux équivalents, voire supérieurs. Surtout, ils dépassent systématiquement le plafond de l’agriculture biologique. La surprise majeure vient de la Picardie, où la pomme de terre — culture réputée “dépendante” avec seize traitements habituels contre le mildiou — a prospéré avec zéro pesticide.
Comme le rapporte La Montagne, les projections économiques sont encourageantes : une marge nette satisfaisante, allant de 1 à 2 Smic mensuels dans 20 % des cas, jusqu’à plus de 3 Smic dans 35 %. Ces estimations restent prudentes, car elles n’intègrent pas la valorisation possible des productions sans pesticides.
Toutefois, un défi persiste : la gestion des plantes adventices, sans herbicide, impose un désherbage mécanique intensif. Malgré cette limite, l’Inrae estime la preuve acquise. Reste maintenant à convaincre les pouvoirs publics de soutenir la massification de ces systèmes, d’autant que les ventes de pesticides en France restent à des niveaux très élevés (69 800 tonnes en 2024).










