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Guillaume Pley offre sur Legend une tribune dorée à l’ex-patron du Mossad pendant 1 h 40 de complaisance absolue

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Chez Guillaume Pley, Yossi Cohen n’a pas trouvé un journaliste, mais un fauteuil, un sourire et un micro.

Quand la violence devient prouesse technique

Guillaume Pley n’a manifestement pas jugé utile de poser les questions qui fâchent. Pas d’interrogation insistante sur les civils touchés, les assassinats à l’étranger ou les opérations menées au mépris de toute souveraineté. À la place : des sourires, des relances admiratives, des « c’est exceptionnel » lancés avec l’enthousiasme d’un enfant devant un tour de magie. Lorsque Yossi Cohen évoque les dispositifs ayant permis de faire exploser des milliers de bipeurs au Liban, la mort devient logistique, la peur devient innovation, et la violence se raconte comme une anecdote de carrière.

Gaza hors champ

Pendant ce temps, à Gaza, les mêmes logiques d’élimination, de siège et de punition collective continuent de produire des milliers de morts, parmi lesquels une majorité de civils, de femmes et d’enfants. Mais sur le plateau de Legend, ce réel-là semble ne pas exister. On parle « missions », « défis », « précision », « ingéniosité ». On rit, on s’étonne, on admire. Les décombres, les familles ensevelies, les amputés et les orphelins auraient sans doute troublé l’ambiance feutrée de cette conversation confortable.

Guillaume Pley ou le confort du non-journalisme

Guillaume Pley, qui cultive volontiers l’image d’un intervieweur curieux et sans filtre, a ici choisi la voie la plus commode : celle du compagnon de récit. Pas de confrontation digne de ce nom, pas de contradiction soutenue, pas de rappel appuyé des accusations de crimes de guerre visant l’État israélien et certains de ses appareils sécuritaires. L’entretien ressemble moins à une interview qu’à une opération de relations publiques, avec canapé, lumières douces et admiration bien tempérée.



Le privilège d’un récit sans comptes à rendre

L’effet produit est limpide : donner une légitimité, une humanité et même une forme de panache à un homme qui a dirigé pendant cinq ans l’un des services secrets les plus redoutés au monde. Yossi Cohen n’a pas seulement raconté son passé ; il l’a mis en scène, poli, valorisé, presque héroïsé. Legend lui a offert l’écrin idéal : assez populaire pour toucher le grand public, assez docile pour ne pas gâcher l’opération.

Les victimes, elles, resteront hors micro

Les familles des victimes des opérations attribuées au Mossad, qu’elles se trouvent à Gaza, au Liban ou ailleurs, n’auront jamais droit à une telle plateforme. Elles n’auront ni fauteuil, ni générique soigné, ni longues minutes pour raconter ce que les « exploits » signifient lorsqu’on les reçoit de l’autre côté. Elles auront les ruines, les corps, les absences, puis le silence poli de médias plus pressés d’humaniser les puissants que d’écouter ceux qu’ils écrasent.

Une interview exceptionnelle, vraiment

Une interview « exceptionnelle », donc. Oui, sans doute. Exceptionnelle par son absence de contradiction. Exceptionnelle par sa capacité à transformer la violence d’État en récit d’aventure. Exceptionnelle par cette étrange pudeur journalistique qui s’évanouit toujours devant les faibles, mais réapparaît, délicate et serviable, lorsque les puissants racontent leurs souvenirs avec le sourire.





Source

RESIST CAEN
Author: RESIST CAEN

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