
Agricost, la ferme géante qui engloutit les subventions
Le principal bénéficiaire de ce dispositif est Agricost, une société roumaine détenant la plus grande exploitation agricole de l’Union européenne : 57 000 hectares, soit cinq fois la superficie de Paris. Rachetée en 2018 par Al Dahra – groupe fondé par le cheikh Hamdan bin Zayed Al Nahyan, frère du président des Émirats – cette entreprise est détenue à 50 % par ADQ depuis 2020. À elle seule, Agricost a empoché 10,5 millions d’euros en 2024.
En Espagne, plusieurs filiales d’Al Dahra contrôlent plus de 8 000 hectares et ont perçu 5 millions d’euros de subventions entre 2015 et 2024. En Italie, le producteur de fruits Unifrutti, acquis par ADQ en 2022, a touché 186 000 euros sur trois ans.
🇪🇺💸FLASH INFO – Une riche famille royale des Émirats arabes unis aurait touché près de 70 millions d’euros de subventions versées au titre de la politique agricole commune européenne. pic.twitter.com/DTW5qyDeJ6
— Tribune Populaire🌐 (@TribunePop23) May 14, 2026
Des cultures pour le Golfe, payées par l’Europe
Ces terres produisent principalement de l’alfalfa et des cultures fourragères, destinées à l’alimentation animale. La quasi-totalité de la production est exportée vers les Émirats arabes unis, dans le cadre d’un contrat à long terme entre Al Dahra et le gouvernement émirati pour approvisionner son secteur laitier. Une stratégie qui s’inscrit dans la politique de sécurité alimentaire des Émirats, contraints d’importer 90 % de leur nourriture en raison de leur climat hostile.
Au total, la famille Al Nahyan contrôle près de 960 000 hectares de terres agricoles dans le monde.
La Commission européenne, spectatrice impuissante
Contactée par les médias, la Commission européenne a simplement indiqué avoir « pris note » des informations. Elle a annoncé qu’elle contacterait les États membres concernés – Roumanie, Italie et Espagne – tout en rappelant que la PAC est gérée de manière décentralisée. Un porte-parole a cependant concédé que les aides devraient « être mieux ciblées », proposant un plafond de 100 000 euros par bénéficiaire et par an pour la prochaine période (2028-2034).
La PAC, machine à subventionner les milliardaires
Cette affaire relance les critiques récurrentes sur le fonctionnement de la PAC, qui représente un tiers du budget de l’UE et distribue les aides en fonction de la superficie des terres. Thomas Waitz, eurodéputé écologiste autrichien et coordinateur de la commission agriculture au Parlement européen, dénonce une « mauvaise utilisation de l’argent des contribuables », profitant à de grands propriétaires fonciers étrangers plutôt qu’aux agriculteurs locaux. La Via Campesina va plus loin, qualifiant ces subventions de « gaspillage d’argent public ».
L’enquête met en lumière les failles d’un système qui favorise les plus gros acteurs sans conditionnalité suffisante sur l’origine des bénéficiaires ou la destination des productions. Si ces versements sont légaux, ils interrogent cruellement le sens des subventions européennes, censées soutenir l’agriculture et les agriculteurs du continent.










