Vaccination forcée en Ariège : Yann de Kerimel refuse de se taire
Ils sont quelques-uns, en Ariège, à avoir reçu la visite qu’ils redoutaient. Des agents de l’État, accompagnés d’un vétérinaire et d’un représentant de la sous-préfecture, se sont présentés sur leurs exploitations pour procéder, contre leur volonté, à la vaccination de leur troupeau contre la dermatose nodulaire contagieuse (DNC). Parmi eux, Yann de Kerimel, éleveur bio à côté de Mirepoix, 130 hectares, des « aubrac » en plein air intégral, et une conviction chevillée au corps : on ne l’a pas convaincu.
Un éleveur qui a fait ses devoirs
Yann de Kerimel n’est pas un opposant instinctif. Il a quitté Bordeaux en 2010 pour reprendre la ferme familiale en fermage, passé tout en bio en 2015, et depuis, ses vaches ne voient le vétérinaire qu’en cas de maladie grave. « L’année dernière, on a eu une seule visite vétérinaire, et les deux années précédentes, je crois qu’on n’en a pas eu du tout », dit-il simplement.
Face à l’arrêté préfectoral l’obligeant à vacciner, il a épluché les documents de l’ANSES, de l’OMSA, les règlements européens. Sa conclusion est tranchée :« ce n’est pas un problème sanitaire, cette maladie. C’est un problème purement économique ».
La DNC, maladie vectorielle — transmise par des insectes, pas entre animaux — servirait avant tout à maintenir un « statut indemne » permettant aux grands exportateurs de bovins, normands et bretons, de continuer à vendre à l’international. Pendant ce temps, les petits éleveurs du Sud-Ouest, eux, subissent.
Des procédures bafouées
Yann de Kerimel est allé plus loin : il a relu les règlements européens article par article. Il rappelle que l’article 6 impose une enquête épidémiologique avant toute mesure restrictive, et que l’article 9 — qui autorise les zones vaccinales — ne peut s’appliquer qu’ensuite. « L’enquête épidémiologique n’a jamais été faite ni présentée dans un rapport. »
Il pointe également un rapport de l’ANSES datant de 2017 qui demandait expressément la création d’un vaccin DIVA — permettant de distinguer animaux vaccinés et infectés — avec autorisation de mise sur le marché. Neuf ans plus tard, rien n’a été fait. Sa colère est froide : « on a des gens qui font des études et qui nous imposent derrière des contraintes sans jamais avoir fait leur part de job »
La vaccination forcée, dans le calme — mais pas dans le consentement
Lundi matin, la sous-préfète et l’équipe de vaccination sont arrivées sur l’exploitation. Yann de Kerimel ne s’est pas interposé physiquement. Il a laissé faire. Mais il a parlé. Il a rappelé les textes, cité les règlements, et exigé – en vain – une lettre de décharge : « je veux bien que vous vaccinez, mais une condition, c’est que vous me signiez une lettre de décharge »
L’administration a refusé. Ce refus, dit-il, en dit long : ceux qui imposent ne veulent pas assumer.
« L’administration, par des décisions politiques, nous écrase sans avoir fait sa part de job »
Il a également rappelé à la sous-préfète un principe qu’il croit fondamental : « La loi était là pour servir l’humain et pas pour l’asservir ».
La Sardaigne, ou le mensonge d’État ?
Un élément trouble le tableau officiel. Les autorités ont justifié l’urgence de la vaccination en invoquant des cas en Sardaigne, présentés au tribunal comme issus de troupeaux non vaccinés. Or, la plateforme officielle ESA et les données du ministère de la Santé italien disent le contraire : les veaux touchés étaient issus de mères vaccinées.

Yann de Kerimel a transmis ces informations au préfet, qui les a reçues — et maintenu sa position.
« Au moins dans le meilleur des cas, vous n’avez pas vérifié. Et ça, c’est grave, vu votre niveau de responsabilité. »
L’information du ministère de la Santé italien était disponible sur le site de la Fédération nationale des vétérinaires italiens depuis le 16 avril 2026 dans un document signé à 8 h 14. La sous-préfète Pauzat aurait donc donné une information non vérifiée au magistrat Grimaud lors de l’audience en référé le 16 avril 2026 lors de sa prise de parole vers 14h35.

« Jouer collectif » : pour qui ?
Certains voisins lui ont reproché son refus au nom de la solidarité collective. Il répond avec ironie : « c’est très drôle que jouer collectif, c’est toujours en fait les plus gros qui demandent aux plus pauvres de s’écraser pour qu’eux puissent continuer à gérer leur filière »
La suite sera judiciaire. Avec son avocate Maître Protat, Yann de Kerimel prépare des actions contre les ministres de l’Agriculture successifs depuis 2017 et contre le CNOPsav. L’objectif : que quelqu’un, enfin, assume.
Éleveur, si tu tombes, un autre sort de l’ombre.










