
Une nuance juridique importante. Politiquement, en revanche, le dossier reste particulièrement lourd : une journaliste installée en France est visée par une expulsion au nom des « intérêts fondamentaux de l’État », notamment en raison des positions qu’elle défend sur la Russie et la guerre en Ukraine.
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Un recours rejeté pour défaut d’urgence
Selon les éléments rapportés par LCP, le juge des référés a estimé que Xenia Fedorova n’avait pas suffisamment caractérisé l’urgence permettant l’intervention du tribunal dans le cadre très particulier d’un référé-liberté.
Le tribunal indique notamment qu’elle n’avait exposé « aucun besoin de sortir du territoire parisien » et s’était contentée d’indiquer que son obligation de pointage lui causait « une gêne ».
Autrement dit, le recours tombe à ce stade sur une condition de procédure. Le tribunal précise d’ailleurs que ce rejet ne l’empêche pas de saisir de nouveau le juge en apportant davantage d’éléments, ni d’engager un référé-suspension.
Son avocat a annoncé vouloir poursuivre les procédures.
« Une menace particulièrement grave et actuelle »
L’affaire commence réellement le 29 juillet. Xenia Fedorova, ancienne présidente de RT France et chroniqueuse sur CNews et Europe 1, apprend qu’elle est visée par un arrêté ministériel d’expulsion.
Le gouvernement estime que son comportement « porte atteinte aux intérêts fondamentaux de l’État » et représenterait une « menace particulièrement grave et actuelle pour l’ordre public ».
Les autorités lui reprochent notamment de reprendre régulièrement les positions russes sur le conflit ukrainien et de diffuser des récits considérés comme favorables à Moscou.
Voilà donc où devient intéressant le nouveau thermomètre démocratique. On ne parle pas ici d’une condamnation pénale pour espionnage ou sabotage, mais d’un ensemble de prises de position, de relations et d’activités médiatiques que l’État rattache à une logique d’influence étrangère.
Le ministère de l’Intérieur assume cette lecture. Pour Beauvau, il ne s’agit pas de sanctionner une opinion mais de protéger la France contre une opération d’influence.
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Reste une question très concrète : à quel moment une parole politique favorable à un État étranger cesse-t-elle d’être une opinion pour devenir une menace contre les intérêts nationaux ?
Après RT France, sa dirigeante
Le nom de Xenia Fedorova est évidemment indissociable de RT France, dont elle dirigeait la branche française.
La chaîne avait cessé son activité en janvier 2023 après le gel de ses comptes bancaires, dans le contexte des sanctions prises contre les médias russes depuis le début de la guerre en Ukraine.
Trois ans plus tard, ce n’est plus seulement le média qui est frappé. Sa dirigeante est personnellement visée par un gel d’avoirs et une procédure d’expulsion.
On peut contester les analyses de Xenia Fedorova, ses positions sur Moscou ou sa lecture de la guerre. C’est même le principe d’un débat politique. Mais lorsque l’appareil administratif se charge de déterminer quelles opinions étrangères représentent désormais une menace nationale, la contradiction change légèrement de forme : au lieu d’un plateau télé, elle se termine au tribunal et, éventuellement, à la frontière.
Pour l’instant, le juge n’a pas donné raison à l’État sur le fond. Il a simplement refusé d’intervenir en urgence.
La suite judiciaire dira si l’arrêté tient juridiquement. La Macronie, elle, semble déjà avoir choisi son vocabulaire : quand l’opinion vient du mauvais côté de la carte, elle peut désormais entrer dans la rubrique « intérêts fondamentaux de l’État ».
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