L’incident a été bref, mais la polémique prend de l’ampleur. Apple a retiré Telegram de sa boutique App Store en raison d’un contenu enfreignant les règles. Le patron de la messagerie, Pavel Durov, s’est défendu, accusant notamment des “maîtres chanteurs” qui seraient à l’origine de cette infraction et qui ont réussi à “manipuler” Apple. La réaction du géant californien est dénoncée, aussi bien par l’informaticien russe que par les critiques des pratiques jugées anticoncurrentielles de la société américaine.
Le 3 août, Apple a brièvement retiré Telegram de son App Store avant de le rétablir le même jour, après avoir détecté sur la plateforme un “contenu pédopornographique” partagé par un utilisateur sur un groupe public et enfreignant ses règles. L’application de messagerie, qui revendique plus d’un milliard d’utilisateurs mensuels, a fait un aller-retour express hors de la boutique d’applications de la firme à la pomme croquée, alimentant encore les critiques sur sa politique de modération.
“N’importe quelle application peut être” retirée
Pavel Durov, cofondateur de l’application, informaticien russe naturalisé français, n’a pas tardé à monter au créneau. Dans un long message publié sur X le lendemain, a dénoncé une possible manipulation, évoquant une “opération d’extorsion” orchestrée par des “maîtres chanteurs” qui auraient cherché à faire sauter des groupes légitimes en signalant à Apple des contenus illégaux publiés via des comptes automatisés. Selon lui, le contenu incriminé aurait même été généré par IA à partir d’un ancien message édité dans un chat actif, ce qui complique encore un peu plus la détection et la modération.
Ces acteurs auraient ainsi “essayé de déclencher la suppression de groupes légitimes dont les propriétaires ont refusé de payer la rançon”, ajoute-t-il.
Toujours dans sa réaction, Pavel Durov a critiqué la politique d’Apple et le retrait de Telegram de sa boutique d’applications, “sans contact préalable”. “Cela créé un risque systémique potentiel pour chaque application mobile qui héberge du contenu généré par les utilisateurs. Si une application utilisée par plus d’un milliard de personnes peut-être retirée de l’App Store sans avertissement préalable, n’importe quelle application peut l’être.”
À ses yeux, “les extorqueurs ont trouvé un moyen de manipuler Apple pour qu’ils réagissent de manière excessive”.
Apple a défendu sa décision en expliquant par la voix d’un porte-parole que son examen avait mis au jour un contenu violant ses règles strictes interdisant la diffusion de contenu pédopornographique. La firme a précisé que Telegram avait ensuite été rétabli après suppression rapide du contenu et bannissement de l’utilisateur concerné, sans pour autant calmer les critiques sur sa manière de procéder, à savoir retirer d’abord et expliquer ensuite si nécessaire.
D’ailleurs, Tim Sweeney, patron d’Epic Games, créateur du célèbre jeu vidéo Fortnite et surtout, en conflit juridique avec Apple depuis des années, a notamment raillé la logique du géant californien. “Apple a déclaré avoir retiré l’application de Telegram à un milliard d’utilisateurs parce qu’un utilisateur a publié un contenu odieux et illégal. Si tel est le critère de retrait d’une application, ils n’ont pas encore expliqué comment une application de communication, y compris iMessage, pourrait fonctionner à grande échelle”, a-t-il ironisé.
Telegram sous pression
Cet incident rappelle un précédent de 2018, lorsque Telegram avait déjà été temporairement retiré de l’App Store pour des contenus qu’Apple avait alors décrits de manière plus floue comme “inappropriés”. L’application avait fini par revenir après que Telegram eut renforcé ses mesures de sécurité.
Mais cette fois-ci, le contexte dans lequel cet épisode intervient est complètement différent. Telegram fait depuis plusieurs années maintenant l’objet de critiques plus récurrentes que d’autres messageries, précisément parce que sa politique de confidentialité et son architecture en font un terrain de jeu plus compliqué à modérer. Malgré les pressions réglementaires et les soupçons récurrents de laxisme face à des activités criminelles, la plateforme affirme refuser de céder complètement aux exigences des autorités, dès lors que la sécurité des échanges et la confidentialité sont en danger.
Pavel Durov est d’ailleurs toujours sous forte pression judiciaire en France depuis 2024, tandis que la Russie le recherche pour avoir prétendument laissé des espions ukrainiens recruter des adolescents russes afin de commettre des actes de sabotage. L’Australie a elle aussi ciblé Telegram dans un dossier séparé dans lequel Canberra accuse la messagerie de ne pas avoir retiré à temps des contenus à caractère terroriste.









