Malgré les nombreux paquets de sanctions et en attendant l’entrée en vigueur de l’interdiction d’importation de GNL, la Russie devient le troisième fournisseur de l’Europe en gaz au premier trimestre 2026. Les livraisons de GNL russe et américain vers le Vieux Continent ont atteint un record selon l’institut Bruegel.
Depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022, l’Union européenne (UE) a multiplié les paquets de sanctions successifs contre Moscou et ses énergies, allant jusqu’à décider de mettre fin aux achats de GNL (gaz naturel liquéfié) russe via une législation adoptée fin janvier 2026 par le Conseil européen après un accord provisoire en décembre 2025. Le texte interdit les importations de GNL sous contrats à court terme conclus avant juin 2025 à partir du 25 avril 2026, et celles sous contrat à long terme dès le 1ᵉʳ janvier 2027, tandis que le gaz par pipeline sera banni au plus tard le 30 septembre 2027.
Des importations records en mars dernier
En réaction, le président Vladimir Poutine a déclaré que la Russie pourrait envisager un retrait anticipé du marché européen et rediriger ses exportations vers d’autres acheteurs plus intéressés.
Des exemptions ont toutefois persisté pour certains États membres de l’UE, la Hongrie et la Slovaquie à leur tête, sur divers pipelines comme celui de Druzhba. Ces exemptions alimentent des tensions croissantes avec Kiev, où le Druzhba est à l’arrêt depuis fin janvier 2026 suite à une frappe de drone russe. Budapest et Bratislava reprochent à Kiev un blocage politique, menaçant même de suspendre leurs exportations de diesel et de gaz vers l’Ukraine.
Ces frictions s’intensifient alors que la guerre en Iran fait rage depuis début 2026, dont l’impact, comme le reproche le Premier ministre slovaque Robert Fico à la Commission européenne, aurait pu être évité “si les livraisons de pétrole via Druzhba s’étaient poursuivies”. Les institutions européennes privilégient le fait de “faire du mal [aux Slovaques], nous punir, laisser notre population payer plus cher l’essence et le diesel et le soumettre à une pénurie plutôt que de recevoir du gaz et du pétrole de Russie (…) Il s’avère que la haine et l’obsession envers la Russie l’emportent”, avait-il fait remarquer.
Les mêmes dirigeants européens ont fustigé, en mars dernier, les États-Unis lorsque Washington a décidé de lever partiellement les sanctions ciblant certains pétroliers russes pour répondre à la demande mondiale et stabiliser les marchés pétroliers.
En mars, les importations européennes de GNL russe ont toutefois atteint un niveau record, selon l’agence TASS qui dit se baser sur les données du centre de réflexion européen, Bruegel. Entre janvier et mars, les importations de GNL russe par l’UE ont atteint environ 6,8 milliards de mètres cubes, contre 5,7 milliards de mètres cubes un an plus tôt, explique-t-on.
Moscou devient 3ᵉ fournisseur de l’Europe en gaz
Pour le mois de mars, les livraisons de GNL russe à l’Europe ont totalisé 2,46 milliards de mètres cubes, soit un “niveau record historique”. Quant aux importations totales de GNL de l’Europe, elles ont atteint 14,1 milliards de mètres cubes en mars, un record aussi selon Bruegel, et 39,2 milliards de mètres cubes au premier trimestre 2026, en augmentation de 10 %.
Moscou n’est pas le seul fournisseur à voir ses exportations de GNL vers l’Europe augmenter. Les États-Unis ont exporté 8,3 milliards de mètres cubes vers le Vieux continent en mars dernier, en augmentation de 8 % par rapport à février.
Selon Bruegel, la Russie s’est classée en 2025 à la 4ᵉ place des fournisseurs de l’Europe en GNL, derrière la Norvège, les États-Unis mais devant l’Algérie. Moscou a vu ses livraisons baisser de 5,6 % pour s’établir à 20,3 milliards de mètres cubes.
Mais en ce premier trimestre 2026, la Russie a été le troisième plus grand fournisseur de gaz après la Norvège et les États-Unis, juste devant l’Algérie, totalisant près de 11,5 milliards de mètres cubes (Livraisons GNL et via pipelines, NDLR). Les pipelines Nord Stream et Turkstream ainsi que le transit ukrainien figurent parmi les routes russes les plus prisées.










