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Les Irlandais se révoltent, et ça baisse à 1,82 € !

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Moralité : au lieu de continuer à se faire plumer en ronchonnant dans son coin, il va peut-être falloir penser à s’organiser et à ressortir le gilet de la boîte à gants.

Un événement que l’on pourrait appeler la révolte fantôme. Entre les 7 et 12 avril 2026, dans toute la République d’Irlande, une révolte populaire spontanée contre les prix du carburant, a conduit au blocage du pays pendant une semaine, puis au recul du gouvernement et à la baisse des prix à la pompe. Les médias français en ont pourtant parlé. Mais alors que le monde entier reste focalisé sur l’Iran et le détroit d’Ormuz, quasiment personne ne semble avoir mesuré l’importance de l’exemple donné par le peuple irlandais. Revenons, pour commencer, sur la chronologie.

Sans importer d’énergie fossile via le détroit d’Ormuz, l’Irlande connaît une crise des prix à la pompe (20 à 25 %), comme quasiment tout le reste de la planète, à la suite de l’agression américano-israélienne contre l’Iran. Les raffineurs spéculent et les distributeurs répercutent les hausses. La différence notable, pour l’Irlande, a été la réaction de la population, qui semble avoir bien appris de ce que la France a pu connaître au début de l’épisode des Gilets jaunes.

Le 7 avril, un mouvement populaire spontané mais coordonné, principalement de routiers et d’agriculteurs, rejoint très vite par les chauffeurs de taxi et les autocaristes, lance des opérations escargot sur les axes de circulation majeurs et commence à bloquer le centre de Dublin.

Le lendemain, le 8 avril, commence le blocage de la raffinerie de Whitegate (Cork), qui fournit 40 % du carburant irlandais, et des dépôts du port de Galway et de Foynes, qui alimentent près de la moitié du pays. Le centre de Dublin reste paralysé, transformant O’Connell Street, son artère principale, en parking géant.

La mobilisation se poursuit encore le lendemain, malgré les menaces du gouvernement. Elle déborde largement des secteurs professionnels initiaux, et de nombreux Irlandais rejoignent les points de blocage, en soutien. Le 10 avril, la mobilisation monte d’un cran, avec le blocage du port de Rosslare, crucial pour les importations. Les premières stations-service sont à sec.



Le 11, elles seront 600 sur les 1 500 du pays. Malgré la répression policière, et même le renfort de l’armée, comme le souligne The Irish Independent, pour l’aide logistique, la mobilisation populaire ne faiblit pas. D’autant plus que, malgré les pénuries induites, elle reçoit le soutien de 56 % de la population, d’après un sondage du Sunday Independent.

Et donc, le lendemain, le 12 avril, le gouvernement cède, au moins en partie, et annonce un plan de soutien de 505 millions d’euros. C’est, du moins pour l’instant, la fin de la mobilisation.

Analysons ensuite la nature du mouvement.

Il est essentiel de constater qu’il s’agit d’une mobilisation purement horizontale et décentralisée. C’est-à-dire un mouvement construit de lui-même, sans chefs désignés ni structures traditionnelles (syndicat, parti politique, etc.), né et auto-organisé sur les réseaux sociaux.

The Irish Times nous confirme que l’impulsion est venue d’influenceurs des communautés agricoles sur TikTok, comme James Geoghegan, un entrepreneur agricole, et John Dallon, un agriculteur, dont les vidéos ont touché des centaines de milliers de personnes. Également de la page Facebook « People of Ireland Against Fuel Prices », préexistante et qui a servi de plateforme d’organisation. Cela vous rappelle quelque chose ? C’est exactement la naissance du mouvement des Gilets Jaunes français.

Mais, à l’inverse des Gilets jaunes, une des clés de la réussite du mouvement a justement été de parvenir à maintenir les organisations établies, comme la « Irish Road Haulage Association », à l’écart jusqu’au bout. Ils ne se sont pas laissés récupérer, malgré le soutien affiché des partis politiques d’opposition, toutes tendances confondues. Le gouvernement a tenté de diviser, bien sûr, mais la mobilisation a tenu bon sur cette ligne. Une autre clé du succès a été de s’en tenir à des revendications précises et clairement formulées, sans éparpillement, uniquement centrées sur la question du prix à la pompe. Qu’ont-ils obtenu ?

Un prix de 1,82 € à 1,92 €  à la pompe et un plan de 505 millions d’euros, avec prioritairement une baisse des taxes jusqu’à fin juillet, équivalant à une réduction de 10 centimes par litre sur l’essence et le diesel. Soit, en ajoutant les mesures déjà prises en mars, une baisse totale de 32 cts/l pour le diesel et 27 cts/l pour l’essence.

L’augmentation de la taxe carbone (qui fait office de taxe principale sur le carburant), prévue au 1er mai, est décalée après la présentation du budget en octobre. Notons qu’elle est supposée augmenter de manière planifiée jusqu’en 2030, sous prétexte d’écologie.

Enfin, un soutien financier spécifique pour les professionnels de la route et les agriculteurs, sous forme d’aides directes.



D’après une partie des protestataires, cela est encore loin d’être suffisant. La situation reste donc tendue et la reprise de la mobilisation reste possible. D’autant plus que, si les revendications du mouvement étaient limitées au carburant, le mécontentement en Irlande est bien plus général. Plusieurs émeutes ont déjà eu lieu ces dernières années autour de la question migratoire, par exemple.

Pour terminer le tour d’horizon de la question, précisons que, d’après le journal Le Monde, le prix du gazole au départ du mouvement était autour de 2,17 euros le litre, soit sensiblement le même qu’en France. Autre point commun : si la France a le carburant le plus cher de l’Union européenne, l’Irlande arrive juste derrière, et pour la même raison : les taxes ! Elles représentent en moyenne 57 % du prix en Irlande, et 60 % en France. Taxes dont la révolte des Irlandais vient d’obtenir une baisse significative.

Et en France ? Le gouvernement a catégoriquement refusé de baisser les taxes. Et les aides ? Le total des aides cumulées tourne autour de 69 millions d’euros : on est loin des 755 millions irlandais (250 en mars, plus 505 après la révolte). Pour vous donner une idée, d’après la chaîne Public Sénat, cela représente 4 centimes par litre d’aide pour un agriculteur, quand les prix ont bondi de 40 à 60 centimes.

Lire la suite de l’article sur RT en français (avec un VPN).

NDLR : l’augmentation de la moutarde de Dijon due à la guerre en Ukraine et aux sanctions contre la Russie représente un précédent de taille. La moutarde en rayon avait augmenté de 35 % en 2022. La pénurie s’est atténuée, mais les prix restent élevés malgré la relocalisation de la production en France. Après l’Ukraine, le changement climatique y serait pour beaucoup. Aucune information concernant le transport de la moutarde par le détroit d’Ormuz ne nous est parvenue à ce jour.



Source

RESIST CAEN
Author: RESIST CAEN

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