
Un pamphlet bleu sous le microscope académique
Tout commence en 2011 avec Le Petit Livre bleu d’Antoine Buéno, maître de conférences à Sciences Po Paris – une institution où l’on semble avoir du temps pour disséquer les univers fictifs. Dans cet ouvrage, Buéno s’attaque aux Schtroumpfs avec une gravité qui frôle le ridicule. Selon lui, le village schtroumpf serait une dystopie totalitaire, un mélange de stalinisme et de nazisme. Rien que ça. Le Grand Schtroumpf, chef omniscient et omnipotent, régnerait en despote, monopolisant savoir et pouvoir, tandis que les habitants, uniformisés par leurs bonnets blancs et désignés par leur fonction, évoqueraient une société communiste oppressante.
Cette lecture, aussi alambiquée soit-elle, a le mérite d’exister : elle illustre la capacité humaine à voir des complots là où il n’y a que des champignons.
Gargamel, caricature antisémite
Le clou du spectacle, c’est l’analyse du méchant Gargamel. Selon Buéno, ce sorcier au nez crochu, obsédé par l’or, ressemblerait à s’y méprendre à une caricature antisémite tirée des pires propagandes nazies. Cerise sur le gâteau : son chat s’appelle Azraël, un nom qui, selon l’auteur, frôlerait l’homophonie avec « Israël ». Sérieusement ? Cette connexion, aussi tirée par les cheveux qu’un complot reptilien, transforme un vilain de dessin animé en symbole d’une haine millénaire.
On pourrait en rire si ce n’était pas aussi pathétique. Pourtant, l’idée a trouvé écho, preuve que l’absurde a sa place dans le débat public.
Les Schtroumpfs Noirs : un racisme colonial
Poursuivons dans le délire. Dans l’album Les Schtroumpfs Noirs, Buéno et consorts décèlent un racisme colonial. Les Schtroumpfs, piqués par une mouche, deviennent noirs, agressifs et cannibales. Cette transformation, selon l’historienne Sophie Dulucq, rappellerait l’imaginaire colonial où l’altérité est synonyme de sauvagerie. Faut-il y voir une critique implicite des peuples colonisés ? Ou simplement une métaphore maladroite d’une époque révolue ? La seconde option semble plus crédible, mais elle est moins vendeuse pour les théoriciens en quête de scandale.
La Schtroumpfette : une misogynie schtroumpfement assumée
Et puis, il y a la Schtroumpfette, unique figure féminine d’un village de 101 Schtroumpfs. Buéno y voit une incarnation de la misogynie : séductrice par essence, elle n’est définie que par son genre, contrairement à ses homologues masculins, désignés par leur rôle (Schtroumpf Bricoleur, Schtroumpf Paysan, etc.). La Schtroumpfette, seule femme du village, serait donc sollicitée quotidiennement, tandis que chaque Schtroumpf mâle n’aurait droit qu’à trois ou quatre « stroumpferies » par an.
La Schtroumpfette, victime d’un patriarcat bleu ? Ou simple caricature d’un trope narratif désuet ? La question reste ouverte.
Une date de sortie suspecte : un clin d’œil au 7 octobre
Pour enfoncer le clou, certains esprits échauffés s’interrogent sur la date de sortie du film, le 16 juillet 2025. En jouant avec les chiffres (1+6=7, juillet=7e mois, 2+5=7), on obtient un troublant triple 7. Une référence au 7 octobre, date symbolique pour certains ? Le Hamas aurait-il été biberonné aux Schtroumpfs ?










