En février 2025, après plusieurs vols dans un entrepôt du Cognac, Moët Hennessy fait tester un logiciel capable de suivre des téléphones sur plusieurs années à partir des données de la publicité en ligne. Réservé en principe aux polices et aux services de renseignement, l’outil retrouve les suspects jusqu’à La Rochelle. Il peut tout aussi bien repérer un domicile, un lieu de travail ou une rencontre discrète.
D’après Mediapart, Moët Hennessy, filiale vins et spiritueux de LVMH, a testé un logiciel baptisé Webloc pour identifier les auteurs de vols répétés dans un entrepôt proche de Cognac. L’outil a repéré des téléphones présents sur zone à des heures inhabituelles, puis suivi leurs déplacements avec « une précision chirurgicale » jusqu’à La Rochelle et une commune voisine. Il peut croiser jusqu’à sept appareils, déclencher des alertes et cartographier des trajets sur plusieurs années.
Webloc n’exploite aucune faille informatique. D’après un rapport du Citizen Lab, centre de recherche de l’université de Toronto, l’outil se contente d’acheter les données collectées lors des enchères publicitaires en temps réel qui accompagnent chaque affichage de publicité sur un téléphone, localisation, identifiants publicitaires et habitudes de navigation comprises. Développé par la société israélienne Cobwebs Technologies puis reprise par l’américain Penlink en 2023, le système surveillerait des centaines de millions d’appareils dans plus de trente pays, avec parmi ses clients les renseignements hongrois, la police salvadorienne ou l’agence américaine de l’immigration ICE. Vendu comme un module complémentaire de Tangles, une plateforme de surveillance des réseaux sociaux développée par la même entreprise, Webloc s’ajoute ainsi à un catalogue déjà fourni. Son fondateur garde par ailleurs un intérêt indirect dans Quadream, un autre vendeur de logiciels espions déjà visé par les enquêtes du même centre de recherche.
LVMH assure s’être limité à un essai, sans avoir conservé ni exploité les données, et affirme avoir renoncé à l’outil une fois ses risques juridiques identifiés. Amarante, société française de renseignement privé citée dans l’enquête, dément le commercialiser ; Penlink, propriétaire de Webloc, n’a pas répondu aux questions de Mediapart. Le procédé n’a rien d’isolé : douanes américaines, FBI et ICE achètent eux aussi ce type de données sans mandat, rapporte le site Korben. Apple a bloqué 96 % de ce pistage sur iPhone en imposant depuis 2021 une demande d’autorisation par application, mais le système d’enchères continue de tourner en arrière-plan, et Android reste nettement moins protégé. Née pour vendre des paires de chaussures, la publicité ciblée s’improvise désormais détective, à qui veut bien l’embaucher.










