La Fédération bancaire française (FBF) a dénoncé mercredi à Bruxelles les “écueils majeurs” du projet d’euro numérique porté par la Banque centrale européenne, à l’approche d’un vote crucial au Parlement européen.
“L’euro numérique, dans sa conception actuelle, ne répond pas à l’enjeu de souveraineté des paiements et est paradoxal à plus d’un titre”, a plaidé Daniel Baal, président de la FBF et de la Confédération nationale du Crédit Mutuel, lors d’un événement organisé dans la capitale belge.
Selon lui, ce projet aurait un coût prohibitif pour les banques européennes, avec “près de 18 milliards d’euros d’investissements supplémentaires” à réaliser, et ferait concurrence aux solutions de paiement développées par le secteur privé, comme Wero.
En outre il ouvrirait “des brèches béantes dans la lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme, à l’inverse de ce que défendent depuis des années les autorités publiques nationales et européennes”, a-t-il dénoncé, mettant aussi en garde contre “des effets négatifs” sur le financement de l’économie, via un renchérissement possible du crédit.
Le projet d’euro numérique est actuellement débattu au Parlement européen, qui devrait se prononcer lors d’un vote début mai, après un premier feu vert de principe accordé en février par les eurodéputés.
Cette version électronique de la monnaie unique, qui serait utilisable comme les espèces pour effectuer des paiements dans les commerces, en ligne ou entre particuliers en préservant l’anonymat des transactions, est vue par l’UE comme une alternative aux géants américains Visa et Mastercard, et donc une contribution à la souveraineté européenne.
Mais la Fédération bancaire s’est plusieurs fois élevée contre des limites de détention de l’euro numérique jugées trop hautes, qui réduiraient d’autant les sommes conservées par les établissements bancaires, et diminuerait ainsi leur capacité à financer l’économie réelle.
“En supposant 1 000 euros en moyenne par citoyen pour 200 millions d’utilisateurs, 200 milliards d’euros quitteraient les bilans bancaires”, calcule la FBF, qui suggère de plafonner à 100 euros les dépôts en euro numérique.
La BCE compte lancer courant 2027 la phase pilote du projet, et espère pouvoir commencer d’émettre des euros numériques en 2029, à condition qu’un cadre législatif européen soit bien adopté cette année.










