Il fallait sans doute s’y attendre. Après l’image générée par IA montrant Donald Trump dans une posture christique, après les leçons de théologie infligées au pape par J.D. Vance, voici maintenant Pete Hegseth, au Pentagone, reprenant en prière une version militaire de la fausse citation biblique popularisée par Pulp Fiction. Oui, au Pentagone. Oui, lors d’un moment religieux officiel. Oui, on en est là.
🇺🇸 Hegseth recited “Ezekiel 25:17” speech at a Pentagon church service.
But here’s the problem: it’s not actually from the Bible, but from Tarantino’s Pulp Fiction.
He even tweaked the ending to reference a military rescue unit.
Who do you think pulled it off better? Hegseth… https://t.co/Vd7XKW9Q6M pic.twitter.com/QAEK38wXK9
— Mario Nawfal (@MarioNawfal) April 16, 2026
Le plus sidérant n’est même plus l’événement pris isolément. Le plus sidérant, c’est la cohérence de l’ensemble. Dans le camp Trump, on ne se contente plus de brouiller les frontières entre communication politique, propagande numérique et foi chrétienne. On a l’impression d’assister à une sorte de concours permanent de vulgarité symbolique, où chacun essaie de faire pire que le précédent, avec cette certitude imperturbable propre aux gens qui se croient profonds dès qu’ils parlent très fort.
Le Pentagone transformé en décor de série B
Commençons par Pete Hegseth. Plusieurs médias ont rapporté qu’au cours d’une prière au Pentagone, il a repris une formule inspirée de la pseudo-citation d’Ézéchiel 25:17 rendue célèbre par le personnage de Samuel L. Jackson dans Pulp Fiction. Autrement dit : dans un lieu censé incarner le sérieux institutionnel et la responsabilité stratégique, le secrétaire à la Défense des États-Unis a semblé puiser son imaginaire théologico-militaire dans Quentin Tarantino.
Le détail compte, parce qu’il ne s’agit pas d’une simple référence pop glissée au détour d’une blague. Le vrai Ézéchiel 25:17 ne contient pas les formules sur “le chemin de l’homme juste”, “le gardien de son frère” ou “les enfants perdus” associées au film ; la version canonique est bien plus brève et n’a rien à voir avec le monologue devenu culte au cinéma.
Il faut mesurer ce que cela dit de l’époque : un responsable chargé de la première puissance militaire du monde mélange un faux verset, un film sur des tueurs, et une liturgie officielle, dans un contexte de guerre. Le problème n’est pas seulement le ridicule. Le problème est la banalisation d’un style de pouvoir où tout est mis sur le même plan : la Bible, Hollywood, l’armée, le spectacle, l’ego. La transcendance devient accessoire de communication. La foi devient ambiance. Et la gravité devient une esthétique.
Ce qui choque, au fond
Ce qui choque dans l’affaire Hegseth, ce n’est pas seulement la référence à Pulp Fiction. C’est qu’elle arrive dans un moment de guerre, au cœur de l’appareil militaire américain, sous forme de prière. Quand les mots religieux d’un État-major se mettent à ressembler à une fanfiction belliqueuse écrite par quelqu’un qui confond Bible, cinéma et testostérone, on n’est plus dans l’anecdote. On est dans un symptôme.
Le symptôme d’un camp qui se croit toujours plus subversif alors qu’il devient simplement plus grotesque. D’un camp qui invoque Dieu comme un accessoire de branding. D’un camp qui parle sans cesse de civilisation, de valeurs et de grandeur, tout en s’enfonçant dans une médiocrité de plus en plus tapageuse.
Il y a quelques années, ce genre de scène aurait été reçu comme une parodie maladroite de la droite américaine. Aujourd’hui, c’est l’actualité.
Et c’est peut-être cela, le plus accablant : chez Trump, Vance et Hegseth, le problème n’est plus seulement l’outrance. C’est l’impression croissante qu’ils ont remplacé toute élévation par une culture du simulacre — plus bruyante, plus kitsch, plus sûre d’elle-même, mais aussi plus petite.










